COMMENT MESURER LE DÉVELOPPEMENT ECONOMIQUE

COMMENT MESURER LE DÉVELOPPEMENT ECONOMIQUE ?

Nous savons tous que le monde est caractérisé par une profonde inégalité de développement des pays. Mais comment traduire cette juste intuition en objet d’analyse ? Il convient pour cela de mesurer le phénomène, afin d’en noter les évolutions et d’en déterminer les causes. Quels sont les outils généralement utilisés à cette fin et quelles sont leurs limites ?
La première idée qui vient à l’esprit est de considérer l’écart de niveau de vie, qu’il suffit d’appréhender par le revenu par habitant (PNB/population). Le travail de comparaison internationale est une première étape indispensable ; certains pays sont à moins de 200 dollars américains par an (Éthiopie : 110 dollars en 1997), alors que les plus riches culminent à plus de 40 000 dollars (Suisse : 43 060 dollars en 1997). Cette approche est critiquable pour de nombreuses raisons. La conversion des richesses nationales en dollars américains pose des problèmes aux économistes. En premier lieu, les systèmes de prix propres à chaque pays ne sont pas comparables dans le sens où il est bien connu que les biens et services non échangeables internationalement sont plus chers dans les pays à revenu élevé. Ces deux mécanismes aboutissent à accroître artificiellement les écarts de développement. Depuis plusieurs années maintenant, la Banque mondiale publie des données qui corrigent ces biais. Il s’agit de produits par tête en dollars internationaux d’une année de référence (dit “en parité de pouvoir d’achat”). Le résultat le plus frappant est la formidable réduction des écarts alors mesurés : on passe de 1 pour 400 en dollars courants à environ 1 pour 70 en dollars internationaux (29 080 pour les États-Unis et 400 pour la Sierra Leone en 1997). Pourtant, sur un plan analytique, ces approches par le revenu souffrent de faiblesses irréductibles. Elles n’indiquent rien sur la répartition des revenus et les conditions réelles d’existence des populations.

VERS UNE APPROCHE PLUS RICHE:

Un premier effort a été entrepris par le programme des Nations Unies pour le développement, qui calcule depuis 1990 un “indicateur de développement humain” (IDH). Il s’agit d’un indicateur qui synthétise des informations sur le niveau de revenu, l’espérance de vie et l’éducation. L’analyse s’en trouve enrichie dans deux directions. L’impact du revenu, dont on a vu précédemment que la comparaison internationale posait de réelles questions, est réduit. On opte pour une vision du développement moins réductrice, car incorporant une dimension qualitative et sociale. Les résultats montrent une nouvelle réduction des écarts de développement par rapport aux approches en termes de revenu (1 à 4).
Dès lors, pourquoi ne pas aller plus loin et admettre que le développement est autre chose que l’accroissement du revenu par habitant ? Pour certains, il s’agit, en fait, d’un processus au cours duquel des besoins jugés fondamentaux (alimentation, éducation, santé, justice sociale, participation politique…) sont progressivement satisfaits. La référence au revenu devient donc moins essentielle. Si ce dernier reste nécessaire, en ce qu’il évalue les ressources économiques mobilisables, il n’est pas apte à décrire la finalité du développement ni son caractère équilibré et soutenable. La mesure du développement est alors fondamentalement multidimensionnelle.
Au-delà du débat technique et éthique, il y a des enjeux concrets à ces considérations. Les analyses de risque pays, si utiles aux banques et entreprises à activité internationale, profiteraient de cet enrichissement dans un contexte de récurrence des crises dans les économies du Sud. La réflexion sur la soutenabilité sociale et politique des réformes économiques et structurelles préconisées par les institutions internationales commence à être intégrée dans la conception des programmes d’ajustement proposés aux économies en développement.

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