CHOMAGE

 PRÉSENTATION

Chômage, période d’inactivité forcée qui caractérise la situation de personnes capables, disponibles et désireuses de travailler mais qui ne parviennent pas à trouver un emploi.
À l’époque contemporaine, l’importance du chômage, qui entraîne de graves conséquences humaines et économiques, a justifié l’adoption de mesures d’indemnisation, puis d’aide et d’assistance aux chômeurs.

MESURE DU CHÔMAGE

La méthode de mesure du chômage la plus utilisée a été développée aux États-Unis dans les années 1930 ; elle est utilisée par de nombreux autres pays selon les recommandations de l’Organisation internationale du travail. À partir d’une enquête mensuelle menée sur un échantillon représentatif de la population active, des informations sont obtenues à propos de l’activité de chaque personne en âge de travailler. Est chômeur, au sens de cette organisation, toute personne âgée de plus de 15 ans, sans travail, immédiatement disponible pour occuper un emploi, qui recherche activement du travail, c’est-à-dire qui a effectué au moins un acte positif de recherche. Pour calculer le taux de chômage, on établit le rapport entre les chômeurs et la population active occupée, l’ensemble formant ce que l’on appelle la population active.
En France, le chômage est calculé à partir de l’enquête sur l’emploi de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), qui est réalisée chaque année au mois de mars et qui retient les critères définis par le Bureau international du travail ; le ministère du Travail dispose d’un indicateur différent, fondé sur les demandes d’emploi en fin de mois, qui recense les seules personnes inscrites à l’Agence nationale pour l’emploi (ANPE) à la fin d’un mois donné, recherchant un emploi à temps plein et à durée indéterminée. Le taux de chômage s’élevait en 2002, en France, à 9,1 p. 100 de la population active.

 TYPOLOGIE ET FORMES DU CHÔMAGE

Les économistes établissent des typologies quant aux formes du chômage en fonction de ses manifestations et de ses caractéristiques.
Le chômage dit frictionnel correspond au temps nécessaire qui sépare la cessation volontaire d’une activité et la reprise d’une autre activité professionnelle. Ce type de chômage résiduel est en réalité — et au-delà de la contradiction — un chômage de plein emploi. Il ne concerne que l’hypothèse, aujourd’hui rare, du salarié qui quitte un poste pour un autre poste qu’il sait prochainement disponible.
Le chômage saisonnier concerne, quant à lui, l’ensemble des activités qui se déroulent selon un cycle qui n’est pas constant dans le temps. Ce type de chômage concerne par exemple les activités liées au tourisme, ou encore certaines activités agricoles.
Le chômage conjoncturel est celui qui résulte d’un ralentissement, plus ou moins durable, de l’activité économique. Lorsque le cycle économique connaît un ralentissement, celui-ci peut être cause de chômage. C’est le cas, par exemple, lorsque le volume de production excède la demande des consommateurs. L’entreprise qui ne peut plus écouler ses produits peut être contrainte de licencier faute de débouchés. Si cette situation frappe non pas une seule entreprise mais un ou plusieurs secteurs d’activité, le volume de chômage peut être important. Ce type de crise survenue dans le passé — la crise des années trente en est un exemple — peut être en partie résolue, comme Keynes l’a montré, par une politique publique de soutien de la demande, consistant à utiliser le déficit budgétaire afin d’injecter un supplément de pouvoir d’achat, pour que les entreprises puissent vendre leur production, augmenter celle-ci et, pour cela, embaucher à nouveau.
Le chômage structurel provient, pour sa part, d’un déséquilibre durable du fonctionnement du marché du travail, qui excède les difficultés conjoncturelles, par nature temporaires. Ce type de chômage caractérise la situation d’un grand nombre de pays industrialisés depuis le début des années 1980. L’évolution récente des chiffres du chômage révèle qu’il est devenu tout à la fois massif (bien qu’en constante régression depuis 1997, le taux de chômage s’élevait en 2002 en France à 9,1 p 100 de la population soit plus de 2,5 millions de personnes) et permanent (le nombre de chômeurs de longue durée est de plus en plus important). La crise contemporaine frappe surtout par sa durabilité par rapport à la plupart des crises du passé. Si celles-ci pouvaient être extrêmement brutales, elles ne duraient que le temps d’une récession, un nouveau cycle de croissance assurant la reprise de l’emploi. La situation actuelle est bien différente : une rupture durable avec la croissance qui, lorsqu’elle existe, reste très faible, s’accompagne d’une progression toujours plus forte du nombre de sans-emploi. Nombreux sont ceux qui se sont interrogés sur les causes de ce fort taux de chômage.

LES CAUSES DU CHÔMAGE

Au-delà des querelles théoriques relatives aux causes du chômage, qui opposent libéraux et keynésiens, les éléments factuels et historiques qui expliquent le chômage que connaît l’ensemble des pays industrialisés sont nombreux. Le chômage actuel n’a pas pour seule cause le ralentissement de la croissance : il est également — et surtout — la conséquence d’une rupture des liens, que l’on pensait éternels, entre production et emploi. Le système de production, qui fait de plus en plus appel à l’innovation technique, substitue, plus encore que par le passé, les machines aux hommes. L’évolution est telle, que le progrès technique ne recrée pas au stade de sa conception les emplois qu’il supprime au stade de son utilisation. L’utilisation de machines toujours plus sophistiquées entraîne le recours toujours moins important à la main-d’œuvre. En cela, le chômage actuel revêt une spécificité historique : c’est la crise et le dépassement du modèle fordiste de production qui, en opérant une mutation dans l’organisation du système productif, engendre le chômage. Cette évolution a mis l’accent sur le déficit existant entre les compétences demandées par les entreprises et le niveau de formation moyen de la population active. Alors que les exigences professionnelles, techniques et intellectuelles de ceux qui proposent un emploi sont élevées, le niveau de qualification de ceux qui sont à la recherche d’un travail n’est pas nécessairement apte à y répondre. Cette inadéquation entre qualifications proposées et demandées joue comme un facteur aggravant sur le marché de l’emploi. Elle explique pour une large part le chômage des jeunes qui quittent le système scolaire en n’étant pas ou peu qualifiés.
À cela s’ajoute le fait, avancé par beaucoup afin d’expliquer la persistance d’un chômage important, que les charges sociales supportées par les entreprises qui embauchent seraient trop lourdes, et auraient un effet dissuasif sur la création d’emplois. Cet argument est fréquemment invoqué, à l’appui du précédent, pour expliquer le fort taux de chômage que connaît la frange de la population active privée de qualification professionnelle et / ou universitaire. Ce dernier élément d’explication est utilisé par ceux qui relèvent que ce sont les « rigidités du marché du travail », qui expliquent l’absence de création d’emplois. Parmi ces rigidités, outre celles mentionnées plus haut, les tenants de cette analyse avancent que l’existence d’un salaire minimum, en deçà duquel l’entreprise ne peut embaucher, associé au poids relatif des charges qui pèsent sur les salaires, empêche la création de nouveaux emplois. Il s’agirait alors pour soutenir l’emploi de rendre le marché du travail plus flexible. Cette flexibilité exigerait, par exemple, de réduire les salaires, au motif que l’entreprise, en réduisant ses coûts salariaux unitaires, pourrait utiliser cette marge de manœuvre afin de créer davantage d’emplois. Il s’agit en clair de payer moins pour payer plus de monde. Cette notion de flexibilité a servi, et sert encore, de critère aux politiques de l’emploi visant à lutter contre le chômage.

LES POLITIQUES DE L'EMPLOI

Depuis une dizaine d’années, les politiques de lutte contre le chômage ont été conduites dans le but de remédier aux dysfonctionnements du marché du travail. Elles se sont articulées principalement autour de deux objectifs. Elles ont consisté pour une part à agir sur l’environnement de l’entreprise. On peut inclure ici l’ensemble des mesures visant à réduire le coût du travail : réduction des charges sociales sur les salaires (notamment les plus faibles), octroi de subventions aux entreprises qui embauchent, déréglementation sociale rendant plus aisé le recours aux emplois précaires (contrats à durée déterminée, travail intérimaire, etc.). Ces mesures participent à ce que l’on dénomme le traitement économique du chômage. Parallèlement, et cela constitue le second axe d’intervention des politiques de relance de l’emploi, les pouvoirs publics ont consenti un effort financier dirigé vers des catégories de chômeurs présentées comme les plus vulnérables face au risque d’inactivité. Ce traitement social du chômage concerne principalement les jeunes, les personnes de plus de cinquante ans, ainsi que les chômeurs de longue durée. En faveur des premiers, on recense depuis une dizaine d’années un ensemble varié de mesures qui ont pour objet de faciliter l’insertion sur le marché du travail : des pactes pour l’emploi aux plans avenir-jeunes, en passant par les récents emplois jeunes, ces nombreuses mesures n’ont à ce jour pas réglé le problème de l’inactivité de ceux qui postulent pour la première fois à un emploi. En faveur des seconds, l’intervention des pouvoirs publics a porté sur les retraits anticipés d’activité, principalement par l’incitation aux départs en préretraite. Il faut noter le lien entre ces deux politiques qui repose sur l’idée que le départ d’un salarié expérimenté, bénéficiant par définition d’une rémunération conséquente, peut permettre l’embauche d’un ou plusieurs jeunes pour un coût identique. Enfin, la politique de l’emploi s’oriente vers l’insertion des chômeurs de longue durée : les stages d’accès à l’emploi, le crédit-formation, les contrats de retour à l’emploi, constituent quelques-unes des mesures initiées dans ce but.

LE MARCHÉ DU TRAVAIL AUJOURD'HUI

La persistance d’un chômage massif et durable a profondément modifié la structure du marché du travail, caractérisé aujourd’hui par sa segmentation. Au côté d’un marché dit primaire, qui regroupe l’ensemble de ceux qui disposent d’un emploi à temps plein et à durée indéterminée, s’est développé un marché secondaire du travail. Celui-ci regroupe l’ensemble des situations précaires d’activité : contrats à durée déterminée, contrats à temps partiel, contrats d’insertion ou de réinsertion rémunérés en deçà du SMIC, dont les titulaires alternent périodes d’activité et période de chômage. Au-delà, et cet aspect apparaît aujourd’hui comme le plus grave et le plus discriminant, le marché du travail fonctionne comme un marché d’exclusion. Exclusion des chômeurs de longue durée, dont le nombre ne cesse de croître, exclusion des jeunes dépourvus d’expérience professionnelle, exclusion des femmes, dont le taux de chômage est supérieur à celui des hommes, exclusion des salariés les plus âgés qui peinent à retrouver un emploi. Ces caractéristiques expliquent que les politiques orientées vers l’emploi assurent davantage que par le passé une fonction d’assistance envers les plus démunis.
Cela n’est pas sans conséquences. Le principal effet est ressenti au niveau de l’équilibre des comptes sociaux de la nation. L’indemnisation du chômage représente un coût toujours plus lourd à assumer, surtout pour les pays qui, comme la France, ont conçu un système d’indemnisation qui repose sur la répartition. Ceci signifie que les actifs contribuent à financer l’indemnisation de ceux qui sont privés d’emploi. Dans une conjoncture dans laquelle le nombre de ceux qui travaillent reste, peu ou prou, constant, alors que le nombre de chômeurs augmente, la charge de l’indemnisation apparaît de plus en plus coûteuse. En outre, sur le plan social, la persistance de cette situation aggrave ce qu’il est convenu d’appeler la « fracture sociale », en opposant ceux qui ont un emploi à ceux qui en sont privés.
En vue de remédier à ce type de situation, les pays qui y sont confrontés réagissent de manière différente. La France, par exemple, tout comme l’Italie, oriente sa politique vers un mouvement de réduction de temps de travail généralisé. L’idée qui sous-tend cette pratique est simple : il s’agit de faire travailler moins afin de faire travailler davantage de personnes. D’autres, comme l’Angleterre ou les États-Unis qui, il est vrai, connaissent un taux de chômage moins élevé que la France, poursuivent une politique visant à réduire le coût du travail afin de renforcer l’employabilité de la main-d’œuvre. Toutefois, il est clair que les uns comme les autres doivent faire face à des situations de chômage aggravé, durable et massif, qui sont source de difficultés économiques, et plus encore sociales, graves.

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