ESTHETIQUE: L’ART

INTRODUCTION

La partie de la philosophie qui traite de l’art est appelée esthétique. L’esthétique est la réflexion sur les formes et fonctions de l’art. Elle réfléchit également sur le beau, sur la nature de la création des œuvres d’art, sur le rôle et la place de l’artiste dans la société. Le dictionnaire Lalande la définit comme toute « production de beauté par les œuvres d’un être conscient ». A travers cette définition, il apparaît l’idée que l’art est une œuvre spécifiquement humaine. Le mot esthétique vient du grec aisthetike (sensation, perception) ou de aisthesin (sens). Il désigne la faculté de sentir tout ce qui a un rapport avec le beau. Le terme fut introduit en 1750 par le philosophe allemand Alexander Gottlieb Baumgarten. Mais avant que l’esthétique ne soit constituée comme discipline, l’homme a toujours produit des œuvres d’art, à l’instar des primitifs qui peignaient des scènes de chasse sur les grottes, les cavernes et les pierres : c’est l’art rupestre. Le mot art n’a pas toujours désigné les beaux-arts. Il renvoyait à la technique, à toute technique permettant de produire un résultat. Ici, l’art est une habileté, un savoir-faire, une maîtrise etc. Exemple, l’art culinaire, l’art martial, l’art de gouverner etc. Ce n’est qu’au 18ème siècle que le terme est essentiellement utilisé pour désigner les beaux-arts. Nous examinerons ici quelques conceptions philosophiques de l’art et les fonctions de l’art. Ensuite, nous répondrons aux questions suivantes : La raison philosophique peut-elle et doit-elle expliquer l’art ? Le langage est-il apte à exprimer ce qu’on ressent face à une œuvre d’art ? Quelles sont les relations entre l’art et la vérité ?

I-L’ART: IMITATION OU CRÉATION ?

On a longtemps conçu l’art comme une imitation ou une reproduction de la nature puisque nous avons des beautés naturelles comme la mer, la foret, les fleurs etc. qui mériteraient d’être bien vues sur des tableaux. Ces beautés naturelles doivent inspirer l’homme dans sa tâche artistique. C’est dans cette mouvance que s’inscrit Albert Dürer qui dit : « Plus ton œuvre sera conforme à la nature, meilleure elle sera ». La copie qu’on tire de la nature fixe les beautés naturelles dans les maisons à travers, notamment, des tableaux d’art. Il est désormais possible de contempler les œuvres de la nature sur nos murs.

Mais copier ou imiter, est-ce réellement faire de l’art ? En d’autres termes, l’art est-il simple imitation de la nature ? Selon Hegel, l’art n’est pas imitation de la nature. Pour lui, une œuvre d’art doit être une création. Pour ce faire, il faut s’inspirer et imaginer pour bien produire au lieu de reproduire ce qui, en réalité, est connu de tous. Il considère que « l’imitation de la nature est une occupation oiseuse et superflue ». Les théories de l’art suivantes nous permettront de marquer davantage l’opposition entre l’art comme imitation et l’art comme création.

1-  Le point de vue de Platon

La première théorie du beau est celle de Platon. A la question « qu’est-ce que le beau ? », il répond que c’est la « splendeur du bien ». Pour lui, la beauté ne se distingue pas de la beauté morale et il s’assimile au Bien. Platon estime que le beau est une idée, un concept du monde intelligible. La beauté sensible est, selon lui, une copie imparfaite du beau intelligible. Exemple, une belle femme ou une belle marmite ne sont que des copies imparfaites de la femme ou de la marmite en soi. Il en déduit que la beauté artistique est une illusion, car elle copie la beauté sensible qui est elle-même une copie imparfaite de la beauté intelligible. L’artiste imite donc ce qui est déjà imité. Il y a chez Platon une dévalorisation de l’art. L’artiste cherche à imiter la nature, les objets du monde sensible ; or ce monde est fait d’apparences, ce qui l’amène à dire qu’il faut chasser les artistes et les poètes de la cité, car dit-il, ce sont des illusionnistes. Dans la cité idéale de Platon, il n’y aura pas d’artiste. Pour lui, l’artiste prétend peindre la réalité, alors que la vérité ou la réalité n’est pas de ce monde sensible, mais bien du monde intelligible.

2-  Le point de vue d’Aristote

Dans la Poétique, Aristote s’est démarqué de Platon en ce qu’il opéra un retour au monde. Aristote critique son maître et soutient que, plus qu’une imitation de la nature, l’art achève des choses que la nature est incapable de réaliser. L’art serait une re-création. Aristote accorde une place centrale à l’apparence dans la beauté artistique. Il écrit : « L’art complète en partie ce que la nature ne peut pas achever ». Dans sa conception de l’art, Aristote établit quatre « causes » qui président à la création de l’œuvre d’art : la cause matérielle (par exemple, une coupe sacrificielle est faite d’argent) ; la cause formelle (la forme de la coupe) ; la cause finale (elle est conçue dans un but précis) et la cause efficiente (c’est l’homme qui rassemble les trois premières causes pour concevoir l’objet.

3-  La théorie du beau chez Kant

Emmanuel Kant, philosophe allemand du 18ème siècle, peut être considéré comme celui qui a révolutionné l’esthétique. Dans son ouvrage Critique de la faculté de juger, il considère que « le beau est une finalité sans fin », c’est à dire que la beauté est en elle-même sa propre fin. Devant une œuvre d’art, on ne demande pas à quoi ça sert, car dit Kant, elle ne sert à rien sinon qu’à susciter un sentiment de plaisir chez celui qui la perçoit. Le beau est donc désintéressé. Autant il est désintéressé, autant il doit plaire à tout le monde, d’où la formule de Kant : « Le beau est ce qui plait universellement sans concept ».

Kant est également considéré comme le représentant de la théorie de « l’art pour l’art » opposé à « l’art engagé ». L’art engagé est celui qui est au service d’une cause politique ou sociale alors que l’art pour l’art a uniquement une fonction de produire le beau comme l’ont enseigné les parnassiens pour qui l’art ne sert à rien. On retrouve la même idée chez Théophile Gautier qui estime que « il n’y a vraiment de beau que ce qui ne peut servir à rien, tout ce qui est utile est laid ». Selon Kant, l’art doit être exclusivement au service de l’art. Il insiste, par ailleurs, sur la créativité de l’artiste qui ne doit pas se limiter à une simple imitation de la nature. Il écrit à ce sujet : « L’art n’est pas la représentation d’une belle chose, mais la belle représentation d’une chose ». Autrement dit, une chose peut paraître laide, horrible ou tragique dans la nature, mais dès qu’elle est représentée sur un tableau, elle devient belle. Et c’est ce que Boileau a si bien expliqué dans cette formule : « Il n’est pas de serpent ni de monstre odieux qui, par l’art, imité, ne puisse plaire aux yeux ». Donc l’art n’est pas une simple imitation de la nature, mais un ajout. Prenons l’exemple de Guernica, ce célèbre tableau de Picasso où est représenté le massacre de la guerre d’Espagne. Dans la réalité, ces images inspirent le dégoût ; mais sur le tableau, elles inspirent le beau et plaisent à la contemplation. En somme, nous retiendrons avec Kant que l’art n’est pas une imitation, mais une création de la part de l’artiste qui doit, par son génie, ajouter une touche personnelle à la nature.

4-  La conception de Hegel

Hegel estime que l’art est l’expression des préoccupations d’une société. L’art est donc le reflet en même temps que le produit des idées, des sentiments, des passions d’une société à une étape de son histoire. On retrouve chez Hegel une analyse de la différence entre la beauté naturelle et la beauté artistique. Pour lui, la beauté artistique est supérieure à la beauté naturelle, parce que dit-il, on peut ajouter dans l’art ce qui ne figure pas dans la nature. Comme pour répondre à Hegel, Blaise Pascal s’est écrié en ces termes : « Mais qui est cette créature qui s’émerveille devant sa propre œuvre et ne s’émerveille pas devant l’œuvre de Dieu ? ». Mais Hegel ne se soucie pas de la création divine, il estime que la beauté artistique est supérieure à la beauté naturelle. Mieux, il considère que la plus mauvaise des productions de l’homme sera toujours supérieure au plus beau des paysages, car l’œuvre d’art est le moyen privilégié par lequel l’esprit humain se réalise. Ce qui l’amène à dire que l’art n’est pas une simple imitation des merveilles de la nature. Il est re-création, transformation de la nature, transfiguration du réel au sens où l’artiste est celui qui, du laid, crée du beau. L’artiste doit disposer d’un don naturel, d’un génie que Vladimir Jankélévitch appelle ce « je ne sais quoi ». Et dans cette transfiguration du monde, conclut Hegel, c’est toute une vision du monde de l’artiste qui intervient. On dit alors que l’artiste manifeste son imagination, exprime sa personnalité dans son œuvre, ce qui veut dire que l’œuvre d’art est le reflet de la personnalité de l’artiste.

5-  Le point de vue de Freud

Dans l’interprétation psychanalytique qu’il fait de l’œuvre d’art, Freud dit qu’il n’y a pas de mystère : « la production artistique est une forme de sublimation des désirs refoulés ». Il veut dire que ces désirs trouvent dans la création artistique un moyen de s’exprimer. L’art peut donc être considéré comme une manière détournée de satisfaire les désirs inassouvis, les peurs et craintes de l’artiste. Pour Freud : « L’artiste voudrait conquérir honneurs, puissance, richesses, gloire et amour des femmes. Mais les moyens lui manquent pour se procurer ses satisfactions. C’est pourquoi, comme tout homme, insatisfait, il se détourne de la réalité et concentre tout son intérêt sur les désirs créés par sa vie imaginative ». Grâce à sa création, l’artiste parvient ainsi à satisfaire autrement ce qu’il ne pouvait réaliser dans la réalité. Freud donne l’exemple de Léonard de Vinci et dit que s’il est un grand artiste et s’il sait peindre la femme comme nul ne peut le faire, c’est qu’il est un obsédé sexuel. C’est aussi le cas de Toulouse Haurec qui doit son talent au fait qu’il compensait inconsciemment son infirmité en peignant un univers d’acrobates aux jambes souples et agiles. En un mot, selon Freud, ce sont des complexes que nourrissent les artistes à travers leurs œuvres.

II-L’EXPLICATION PSYCHOLOGIE DE L'OEUVRE D'ART

L’œuvre d’art demeure l’œuvre d’un homme qui a une histoire et qui appartient à une classe sociale et à un milieu. Pour les psychanalystes, à travers une œuvre d’art, on peut savoir qui se cache derrière et connaître sa psychologie, comme Léonard de Vinci et Toulouse Haurec qui, selon Freud, ne font que transférer leurs personnalités sur leurs tableaux. Selon Karl Marx, l’artiste appartient à une société, à une classe, à un temps déterminé. En cela, il vit des problèmes qui sont spécifiques à sa société. Son œuvre reflète ses problèmes. Il est une sorte de porte-parole et ses œuvres sont une grille de lecture pour comprendre sa société. En d’autres termes, l’œuvre d’art doit avoir pour fonction de traduire la réalité sociale, elle doit être engagée. L’artiste crée pour rendre visible ce qu’il porte en lui. C’est en ce sens que Paul Klee a affirmé : « L’art ne reproduit pas le visible, il le rend visible ». Cela veut dire que habituellement, nous passons devant des choses auxquelles nous ne faisons pas attention. Mais il suffit qu’on les représente sur un tableau pour qu’elles attirent l’attention, pour qu’elles soient visibles. Paul Valery confirme cette idée en disant : « Une œuvre d’art devrait toujours nous apprendre que nous n’avions pas vu ce que nous voyons ».

Mais peut-on réellement expliquer une œuvre d’art ? Tagor, poète indien, dit non. Il affirme : « Lorsqu’on me demande ce que signifient mes œuvres, comme elles je me tais. Il ne leur appartient pas de signifier, mais d’exprimer ». Kant s’est inscrit dans la même dynamique en disant à propos de l’œuvre d’art : « Sois belle et tais-toi ». Pour lui, devant une œuvre d’art, on ne peut que s’émerveiller et dire « Oh, que c’est beau ! ». Kant estime qu’on ne saurait donner des règles à une œuvre d’art, car elle relève de la sensibilité. De sorte qu’il a pu dire qu’on ne peut pas avoir une connaissance logique de la beauté. Autrement dit, la beauté n’est pas de l’ordre de la raison, mais du cœur.

La beauté relève de la sensibilité. Il est donc subjectif, et c’est ce que Voltaire écrit dans son dictionnaire philosophique : « Qu’est-ce que le beau ? Demandez à un crapaud, il vous répondra que c’est sa crapaude ; demandez à un Noir de Guinée, il vous parlera d’un nez épaté, d’une grosse bouche et d’une peau huileuse… ; demandez à un philosophe, il vous répondra par un galimatias ! ». A travers cette conception de l’art, apparaît l’idée que le beau est relatif, subjectif. Voltaire veut dire que le beau ne se démontre pas par un discours rationnel, qu’il ne se prouve pas, mais s’éprouve. Tout est question de sensibilité.

III-ŒUVRE D'ART ET VÉRITÉ

Ici, il s’agit d’étudier les rapports entre l’œuvre d’art et la vérité. Qui, de l’œuvre d’art ou de la vérité, a plus de valeur ? La question est diversement appréciée. Selon Platon, la vérité a plus de valeur que l’œuvre d’art, mais Nietzsche soutient le contraire. Aux yeux de Platon, puisque l’art est une imitation imparfaite des objets intelligibles, il nous détourne de la quête de la  vérité. A son avis, la vérité est du domaine des essences tandis que l’art relève de l’illusion. Pour cette raison, Platon estime que la vérité a plus de valeur que l’œuvre d’art. Nietzsche, par contre, soutient que l’art a plus de valeur que la vérité. Pour lui, la quête de la vérité nous détourne du monde sensible pour nous porter à aller chercher quelque chose d’inconnu et relevant d’un monde inaccessible. Nietzsche affirme qu’il n’y a rien à aller chercher derrière les apparences et que c’est des apparences qu’il faut jouir. A l’en croire, l’art nous réconcilie avec le monde dans lequel nous vivons, le monde du désir et des instincts dont nous nous détournons quand nous recherchons la vérité. Et dans une belle formule, il dit : « Nous avons l’art afin de ne pas mourir de la vérité ».

IV-FORME ET FONCTION DE L'ART

Il y a 9 formes d’art : c’est la sculpture, l’architecture, la musique, la peinture (ce sont les arts plastiques) la poésie, la rhétorique, le cinéma, la télévision et la bande dessinée. La fonction essentielle de l’art est la fonction esthétique. L’art vise d’abord à produire la beauté, mais en plus de cette fonction esthétique, il a d’autres fonctions. L’art a une fonction thérapeutique qui consiste à soigner un individu ou à le soulager de ses mots. En Afrique, par exemple, les cérémonies d’exorcisme (ndëpp) sont thérapeutiques. L’art a une fonction subversive lorsqu’il s’engage dans la lutte pour une cause. Par exemple, l’artiste utilise sa plume, sa voix ou son pinceau au service d’une cause. Ici, l’art consiste à éveiller les populations pour les amener à prendre leur destin en main. Frank Kafka de s’interroger en ces termes : « Si les livres que nous lisons ne nous réveillent pas d’un coup de poing sur le crâne, à quoi bon les lire ? ». Cette fonction de l’art est contestataire. D’ailleurs, toute l’œuvre d’Aimé Césaire dénonce la domination étrangère. Il disait : « Ma bouche sera la bouche des malheureux qui n’ont point de bouche ; ma voix la liberté de celles qui s’affaissent au cachot du désespoir ».

L’art a une fonction de représentation lorsqu’il immortalise un événement. Il fixe pour l’éternité une réalité qui est vouée à disparaître. Les emblèmes ainsi que les scènes de chasse et de guerre que les hommes des cavernes ont représentées sur les grottes sont toujours présentes. Avec cette fonction, l’art vise à lutter contre la mort d’un événement. L’art a une fonction expressive lorsque l’artiste exprime ou dévoile ses sentiments, ses idées, ses rêves, ses craintes, ses espoirs, ses désespoirs etc. L’artiste les partage avec autrui. Ainsi, faire de l’art, c’est communiquer, sortir de soi-même pour aller vers autrui. La fonction impressive intervient lorsque l’artiste suscite des sentiments chez autrui : des sentiments de joie ou de peine, de bonheur ou de dégoût, d’espoir ou de désespoir, de quiétude ou d’inquiétude etc. L’art a une fonction ludique lorsque l’objet divertit. Il a une fonction pédagogique à travers les fables et les contes.

V-L’ART AFRICAIN

 Pendant longtemps, l’Afrique a été considérée comme un continent ahistorique. En témoignent les propos racistes de Hegel, de David Hume, de Lucien Levu Bruhl etc. qui pensent que l’Afrique est un continent de barbares et de sauvages. Mais quand l’occident a été en panne d’art, il s’est tourné vers l’Afrique et a commencé à s’intéresser à l’art africain. L’art nègre qui repose sur l’usage de matériaux humbles (fer, fibre, écorce, bois, coquillage, terre, etc.) va donner un coup fatal à l’art occidental de la « belle matière » (marbre, peinture à l’huile, etc.). L’art africain est présent à travers les danses, la musique, les statues, les masques, la sculpture et renferme des fonctions sociales et magico religieuses. Joseph Ki Zerbo montre combien le masque des cérémonies africaines représente un symbole important. Dans ces cérémonies, le porteur du masque se présente comme un dieu. L’art africain a surtout une fonction thérapeutique dans la mesure où il rétablit l’ordre et la cohésion sociale. Dans les moments de tension et de stupeur, les sages ou les initiés, par le biais de l’art, stabilisent le milieu social en faisant appel à des types de pratiques magico religieuses. Ceci montre que l’art africain n’a pas pour but le beau ou le divertissement, mais plutôt la réalité, l’utile et l’engagement. Le social ou l’action collective l’emporte sur l’œuvre individuelle.

CONCLUSION

L’art est l’une des plus anciennes activités de l’espèce humaine. Il n’y a pas eu de civilisation où il n’a joué un rôle. Il est plus que jamais nécessaire à l’équilibre spirituel de l’homme. Tandis que la science est objective, l’art est subjectif. On peut dire, dès lors, qu’il y a la science mais il y a les artistes. Voilà pourquoi Claude Bernard disait : « L’art, c’est moi. La science, c’est nous ». La vision de l’artiste demeure subjective tandis que la science vise l’objectivité. S’invitant à ce débat, Jean Rostand écrit : « Si tel savant n’avait pas fait cette découverte, un autre l’eut faite un peu plus tard ». Mais si un Picasso n’avait pas vu le jour, nul n’aurait pu produire ses œuvres à sa place.

×