LES CIVILISATIONS NÉGRO-AFRICAINES

INTRODUCTION

Hormis l’Afrique qui demeure le foyer de la race noire, la diaspora nègre est disséminée dans les quatre autres continents (Asie, Amérique, Europe et Océanie).malgré la distance qui les sépare et les réalités propres aux zones d’accueil, les noirs conservent des éléments culturels qui témoignent d’un patrimoine commun. L’unité culturelle de l’Afrique noire ne pose aucun doute, même si sur les plans économique, naturel, social et politique une certaine différence peut être identifiée. En effet l’Afrique qui a subit tout au long de son histoire diverses agressions culturelles extérieures présentent une civilisation qui à l’image d’un corps sans âme.

I- ASPECTS GÉNÉRAUX DU MONDE NÉGRO-AFRICAIN

1- le cadre physique

Le cadre géographique du monde négro-africain est l’espace compris entre le tropique du cancer et le cap de bonne espérance .C’est une région de plateaux, de plaines et de vastes cuvettes que dominent par endroits des massifs montagneux ou des chaînes de montagnes (Kilimandjaro 5900km ; mont kenyan 5200km).c’est aussi une région dominée par la chaleur du climat équatorial et tropical humide ou sec. Dans ces limites septentrionales, l’influence du climat méditerranéen se traduit par des étés chauds et des pluies rares mais violentes en hivers liés à l’incursion de masses d’air froid. Les passages naturels se révèlent quant à eux, très variés et alignent une forêt dense, une savane arborée, arbustive ou herbeuse ; une steppe et un désert. Ces paysages qui connaissent une dégradation progressive du fait de l’action conjuguée de la sécheresse et de l’homme, influencent la répartition humaine, la nature de l’habitat, le mode vestimentaire et la vie économique.

2-les données humaines

Les noirs ne présentent pas tous les mêmes caractéristiques physiques. En effet la pigmentation de la peau évolue dans une gamme allant du noir au brun ; tandis que la taille permet d’identifier deux familles de négroïdes.

Les noirs de petites tailles : il s’agit des pygmées de la forêt d’Afrique centrale, des bochimans du Kalahari et des hottentots de la Namibie ; encore appelés paléoafricains. Leur taille est en moyenne de 1.5m ; le tronc est assez long pour les pygmées, tandis que pour les deux autres groupes les pieds et les mains frappent par leur petitesse.

Les noirs de grande taille : ils constituent le groupe le plus important et se répartissent en sous-groupes : bantous, soudanais, nilotes, guinéens et éthiopiens…

Ces différents types noirs se sont disséminés dans certaines zones du continent ou en dehors, à, la suite d’immigrations volontaires ou forcées : la migration bantoue et la traite négrière par exemple. Leur histoire a été connu grâce essentiellement à la tradition orale, aux vestiges préhistoriques et historiques et aux écrits arabes et portugais du moyen âge. Des travaux scientifiques récents attestent cependant que leur continent est le berceau de l’humanité, contrairement à la thèse de Delafosse qui situait le premier homme en Asie. Mieux d’éminents chercheurs du monde noir, comme cheikh Anta DIOP, ont montré l’origine noire de la civilisation égyptienne.

Parallèlement à leur contribution, à la splendeur de cette civilisation pharaonique, les négro-africains ont bâti, pendant le moyen âge, une histoire féconde à partir de grands empires (Ghana, Mali, Sonrai, Ashanti, Congo, Etats haoussa…).

Leur essor sera cependant bloqué par trois siècles de traite négrière et une colonisation éprouvante. Même indépendant, les jeunes états africains, démunis mal gérés vivent encore sous la dépendance des pays développés.

II-LA VIE SOCIO ECONOMIQUE

1- les aspects sociaux

La modernité a sérieusement ébranlé les fondements des sociétés africaines, entraînant avec elles certaines valeurs qui faisaient la fierté de l’homme noir. Aussi bien en Afrique traditionnelle qu’en Afrique dite moderne, la famille demeure l’unité de base, même si elle se rétrécit d’avantage à l’image des familles du monde occidentale. Cette famille était partout comprise au sens large, plaçant dans une situation de cohabitation parents directs et parents collatéraux.

L’identification de la famille passait pour les patronymes dominants : au Sénégal par exemple pour désigner les concessions on parlait de chez les ndiayenes, les sénèenes…

Dans la société noire traditionnelle la vie est de type communautaire : les repas se prennent ensemble autour du bol, tous les membres de la famille sont mobilisés pour les travaux champêtres, les cases sont construites ensembles, l’entraide est la règle.

La gérontocratie y est érigée en système socio-politique car le respect fondé sur l’âge est sacré et procède d’une certaine mentalité : la jeunesse est un capital de force et le vieillissement un capital d’expérience.

Ces sociétés sont marquées par l’importance de la parenté utérine : « c’est le ventre qui avilit, mais c’est qui lui anoblit ». Les pouvoirs mystiques sont transmis par la mère.la parenté à plaisanterie est une donnée importante en tant que facteur régulation et d’équilibre social. La polygamie est le régime matrimonial le plus répandu ; une famille nombreuse constitue un facteur de prestige et de sécurité. La société est hiérarchisée et sa structure se fonde sur deux critères :

L’âge : dans toutes les familles, les moins âgés viennent après leurs aînés. Les classes d’âges sont des sortes de fraternité pour promouvoir la solidarité active et agissante dès les moments de réjouissances ou de peines. La circoncision, le tatouage ou l’excision constituent des facteurs de lever de barrières entre jeunes et adultes. Ces institutions sont aussi des occasions privilégiées de formation civique et morale, de développement de l’endurance.

Le sang : la pyramide sociale présente du sommet à la base les catégories suivantes : la noblesse regroupant les familles princières, les hommes libres (nobles de second ordre), les esclaves (esclaves domestiques, captifs de guerre ou esclave de traite).

Dans les sociétés ou il existe, les gens de castes peuvent être hommes libres ou esclaves. Cependant les mutations économiques, sociales et politiques actuelles font que les catégories sociales sont loin d’être des cercles fermés. Le sang cesse dés lors d’être un critère déterminant de différenciation sociale et cède la place de plus en plus à la richesse et au savoir.

2-les aspects économiques

L’économie traditionnelle négro-africaine se trouve résumée sur les activités du secteur primaire et sur le collectivisme agraire.

La terre nourricière est la propriété de la collectivité. Ceux qui l’exploitent en ont simplement l’usufruit. L’agriculture est avant tout une activité de subsistance associée ou non à l’élevage. Hier comme aujourd’hui, les sociétés négro-africaines pratiquent la pêche, la chasse, la cueillette, l’artisanat et le commerce .L’économie rurale traditionnelle connaît actuellement de grandes mutations. Le système d’exploitation de la terre qui portait sur le faire valoir direct tend de plus en plus à mettre en situation de contrats des ouvriers agricoles et des exploitants dans le cadre de propriétés individualisées. Ce créneau est exploité par des agriculteurs professionnels, des paysans du dimanche et de grandes sociétés agro-industrielles. Malgré un outillage fort simple (houe, hache, hilaire…), des récoltes abondantes pouvaient être faites dans le cadre d’une agriculture traditionnelle intensive itinérantes ou sur brûlis, comme chez les sérères et les Diolas du Sénégal. La forme dominante a été cependant l’agriculture extensive fondée sur la pratique de la jachère et l’utilisation d’engrais. La jachère n’est pas complètement disparue du fait de difficultés liées à l’acquisition des différents intrants.

A l’époque précoloniale, les différentes populations africaines avaient mis en place de brillantes civilisations avec de puissants royaumes, empire, cités commerçantes comme Tombouctou, Gao… Toutefois les courants d’échanges sont d’avantage fondés sur le troc bien que l’usage de la monnaie soit connu (cauris, poudre d’or…). Le commerce traditionnel porte surtout sur le sel, la cola, l’or, les esclaves, le bétail… Il s’effectue à travers de grands centres urbains comme Tombouctou, Djenné, koumbi saleh, Niani, Sokoto, Kano qui accueillent des caravanes et flottes venus de loin. Ainsi Les principaux genres  de vie sont :

-L’agriculture itinérante sur brûlis avec un matériel rudimentaire et une population faible;

-L’élevage nomade ou transhumance l’élevage et sédentaire;

-La pêche pratiquée par les hommes et les femmes : en Afrique de l’ouest elle est spécialisée avec les subalbés et les lébous du Sénégal, les bosos et les somonos sur le Niger;

-la chasse et la cueillette, activité dominante chez les pygmées et les khoisans de l’Afrique équatoriale et des zones arides du kalahari.

Dans le domaine de l’artisanat la spécialisation n’existe dans les sociétés égalitaires que pour le travail des métaux (sans caste). Par contre dans les sociétés hiérarchisées, il est spécialisé avec des castes de forgerons, de cordonniers, qui sont craints ou respectés selon les croyances.

III- LA VIE RELIGIEUSE TRADITIONNELLE

Les sociétés négro-africaines sont profondément attachées aux phénomènes religieux qui se manifestent dans tous les domaines de la vie. Elles ont  développé des religions traditionnelles qui se sont adaptées à leur mode de vie. Pascal Baba Coulibaly, anthropologue malien en identifie trois correspondants successivement aux étapes historiques qui ont traversé les civilisations nègres :

  • L’animisme : il met en rapport étroit l’homme et la nature et repose sur la croyance en certaines forces dont l’intervention réglemente le monde. Cette vision qui correspond au modèle d’organisation des hordes primitives laisse penser que les éléments de la nature sont animés d’âmes. En fait par manque de développement matériel, cet univers fermé été obligé de vivre en parfaite fusion avec la nature.
  • la paganisme : il est né avec la sédentarisation des hordes chasseresses et se manifeste par de grands rites et des mythes récapitulant la phase de l’animisme, à travers le bois sacré par exemple.
  • le fétichisme : il est lié à la destruction mentale des sociétés africaines par la conquête et la modernité. On assiste ainsi au décrochage des grands rites païens censés protégés la communauté au profit d’une protection individuelle par la magie, la sorcellerie par exemple. Même si ces religions du terroir sont nées à des périodes différentes, l’apparition de l’une ne signifie l’abandon de l’autre. Les populations africaines ont continué à les pratiquer toutes à travers une sorte de syncrétisme religieux qui reconnaît un dieu créateur tout en excluant pas le recours aux forces représentées par des génies ou des esprits protecteurs de villages, de clans ou de familles (totems).

L’attachement aux ancêtres et leur vénération constituent une pratique religieuse essentielle, car ils sont censés être les détenteurs des pouvoirs mystiques. Les divinités souvent bien individualisées peuvent être représentées par des objets de cultes (statuettes), d’où le caractère sacré de l’art africain. Les systèmes religieux intègrent des éléments repérables dans toutes les sociétés comme les symboles, les mythes, les sacrifices, la magie…

Le divin occupe une place centrale dans la société et le recours au ésotérique apparaît comme une constante dans la vie religieuse. Les nombreux lieux de cultes accueillent, par moment des initiés ou les grandes foules pour entrer en contact avec les esprits. Ces grands moments de recueillement peuvent être destinées selon les cas à jeter le mauvais sur quelqu’un, à chasser les mauvais esprits ou à répandre le bonheur de la pluie. La forêt et certains vestiges (puits, grands arbres etc.) constituent de grands moments de réjouissance et de communication avec les esprits. Aujourd’hui beaucoup de ces éléments sont entrain de disparaître, mais dans toutes les sociétés les religions révélées sont pratiquées avec un fond animiste, païen ou fétichiste

IV- LA VIE POLITIQUE

Elle est marquée par la diversité des modes d’organisations. L’éventail est assez large et intègre des communautés à chefferies avec plusieurs variantes et des empires ou royaumes bien structurés. Les empires traditionnels étaient divisés en provinces, cantons et villages. Le pouvoir central s’attachait les services de grands dignitaires, conseillers bien écoutés par un souverain issu de la noblesse. Ce dernier, même divinité, était intronisé par un collège de notables qui avaient une certaine influence sur lui. La monarchie héréditaire suivait en générale la ligne maternelle. Avec l’islamisation, le mode de succession patrilinéaire devient dominant. Dans les régions forestières, l’appartenance à une caste ne constitue pas une barrière pour l’exercice du pouvoir. Les fonctions de l’état portent essentiellement sur la fiscalité, la justice, l’armée et les relations extérieures. L’impôt est acquitté d’avantage en nature qu’en espèce ; la juridiction s’ordonne dans une structure hiérarchisée : le chef de famille, de clan et de tribu, le souverain ou les cadis selon la nature du problème et les sociétés.

Les armées sont formées par des corps professionnels (sofa de samory et ceddo du cayor par exemple) et par de nombreux soldats amateurs mobilisés par la circonstance. La puissance de certaines armées a débouché sur l’existence de castes guerrières. Le pouvoir traditionnel trouve sa force dans un certain fatalisme qui n’excuse pas l’alternance mais la soumet à la volonté divine. Aujourd’hui avec les nombreuses mutations, les aristocraties traditionnelles n’exercent plus le pouvoir par le critère de sang ; l’appartenance à une famille politique paie plus qu’une ascendance noble.

V- L’EVOLUTION DU MONDE NÉGRO-AFRICAIN

Le monde négro-africain a connu une évolution marquée par des événements majeurs. Catherine vidrovich coquery parle d’un continent à l’histoire extrêmement heurtée combinant « toute l’histoire de type précoloniale sans influence extérieure visible, tout le choc de l’islam en Afrique occidentale ou orientale, le choc européen qui, en partie, a détruit tout ce qui existait auparavant ».

Dans le temps, de grands empires se sont développés à travers l’aire géographique des noirs avec de brillantes civilisations. La richesse en or, en ivoire, en peaux de bêtes a permis d’alimenter de grands circuits commerciaux avec le reste de l’Afrique, l’Asie et l’Europe.

Par la suite, l’islamisation des sociétés noires s’est faite par la guerre sainte et la persuasion pacifique. Cette religion qui compte aujourd’hui des millions de fidèles a eu comme relais les familles maraboutiques locales dont les descendants sont aujourd’hui les dirigeants des collectivités religieuses. L’expression islam noir met en évidence l’originalité dans les pratiques religieuses même si le coran et la sunna demeurent les principales références. L’islam confrérique est également une réalité bien africaine et s’explique par la volonté d’adapter la religion aux réalités locales. Le marabout perçu comme intermédiaire entre dieu et les hommes est vénéré pour l’action de ses ancêtres et son charisme personnel.

Quant à la présence européenne, elle est marquée par trois siècles de traites négrières et une colonisation qui n’est pas encore fini de livrer les nombreuses facettes de son impact. La présence du colonisateur dans certaines zones a permis de réaménager le cadre de la vie avec de nouvelles visions administratives. Cette option se traduira par la négation des valeurs culturelles locales et la sublimation du blanc. L’aspiration à ce statut juridico-politique du blanc civilisé justifie par ailleurs la revendication de l’égalité avant celle de l’indépendance. Cette politique a profondément modifiée nos habitudes culinaires, nos modes de vie et de pensés. Aujourd’hui encore malgré les indépendances, la référence consciente ou non au modèle occidentale est une réalité vivante dans nos sociétés. Selon Boubacar Barry, cette évolution difficile a eu comme conséquence une triple fragmentation que les jeunes états africains ont du mal à digérer : celle du savoir (endogène, arabo-islamique et européen), celle de l’espace en plusieurs états et celle de notre conscience historique.

CONCLUSION

Les civilisations négro-africaines étaient rayonnantes dans le passé. Les différents peuples avaient édifié de brillants éléments de civilisation que des mutations très souvent négatives ont affectée avec l’évolution. Beaucoup de spécialistes pensent que l’avenir réside dans l’intégration qui demeure incontournable dans ce XX ieme  siècle.

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