LA CONTRUCTION DE L’ESPACE ÉCONOMIQUE : ETATS-UNIS, CANADA, MEXIQUE(ALENA)

INTRODUCTION

Les pays de l’Amérique du Nord (Etats- Unis, Canada, Mexique), conscients des enjeux de la globalisation et de la libéralisation du commerce international, ont institutionnalisé leurs  échanges par la conclusion de l’Accord de Libre Echange Nord-Américain(ALENA).

Cet Accord vise à éliminer les obstacles au commerce et à l’investissement entre les trois pays par l’établissement d’un marché unique. L’ALENA s’est  imposé comme un véritable modèle d’intégration au point d’attirer la plupart des pays d’Amérique du Sud, cependant son bilan est diversement apprécié

 I- UN MODÈLE D’INTÉGRATION ORIGINAL 

L’intégration dans le cadre de l’ALENA institutionnalise les relations économiques privilégiées qui ont toujours existé entre les Etats-Unis, le Canada, le Mexique. L’ALENA prévoit le démantèlement de près de 20000 tarifs douaniers pour création d’un marché commun en matière de marchandises de services et d’investissements.

L’accord prévoit aussi la suppression de tous les droits de douanes qui affectent les échanges de produits agricoles entre les Etats-Unis et le Mexique. Depuis son entrée  en vigueur le 1e janvier 1994, le traité accorde des avantages particuliers aux produits des trois pays membres. Ce qui est un moyen de faire face à la concurrence des entreprises européennes et asiatiques.

A côté de ces objectifs globaux, chaque pays veut tirer un grand profit de l’ALENA :

  • les Etats-Unis veulent installer des entreprises (les « Maquiladoras ») tout au long de la frontière mexicaine pour profiter de la main d’œuvre bon marché et lutter contre l’immigration clandestine. Ils veulent aussi s’appuyer sur l’ALENA pour être moins dépendant du marché mondial.
  • Le Canada en adhérant à l’ALENA souhaite sécuriser l’accès au marché américain pour exporter son énergie et ses matières premières à des prix compétitifs et aussi profiter de la vitalité des échanges cadre de faire face aux crises boursières éventuelles et à la concurrence étrangère.
  • Le Mexique souhaite que l’ALENA se traduise par une grande expansion des « Maquiladoras »

et des investissements américains  pour relancer ses exportations et réduire sensiblement le taux de chômage.

II- DES PARTENAIRES D’INÉGALE PUISSANCE

L’ALENA constitue un très grand marché commercial avec 455 millions   de consommateurs disposant d’un niveau de vie élevé et d’un PNB cumulé de 15 443,70 milliards de dollars. L’ALENA est une entité de libre échange qui associe des espaces économiques d’inégale puissance.

Les indicateurs économiques et démographiques de l’ALENA

-Les Etats-Unis concentrent 68,64 % de la population et 87 % du PNB de l’ALENA dont ils sont la locomotive. En effet les Etats-Unis détiennent la première économie du monde qui repose sur d’immenses ressources naturelles et une forte capacité de production

  • Le Canada avec 7,47 % de la population et 7, 62 % du PNB se place très loin derrière les EtatsUnis dont ils accueillent 15 % des investissements directs. C’est une puissance moyenne désignée comme le pays du G 8 où les investissements sont plus avantageux.
  • Le Mexique avec 23,87 % de la population et 5,31 % est le pays le plus pauvre de l’ALENA. Les Etats-Unis absorbent 70 % du commerce extérieur.
III- LE BILAN DE L’ALENA  

1- Les effets positifs de l’accord

Malgré les lenteurs dans la mise en œuvre, liée aux appréhensions du Canada et du Mexique l’accord a fortement redynamisé les échanges commerciaux entre les 3 pays signataires. Les EtatsUnis absorbent 80% des exportations du Mexique et 88% de celles du Canada. La valeur totale des échanges de l’ALENA a plus que doublé entre 1994 et 2008.Par exemple, de 1994 à 2002, elle est passée de 306 à 621 milliards de dollars. Ce dynamisme des échanges entre les 3 pays est un facteur de croissance à l’intérieur de l’espace. La baisse des prix des matières premières a entrainé des gains de productivité et fournie aux consommateurs des trois Etats un choix plus vaste de produits à des prix concurrentiels. Les accords parallèles de l’ALENA ont également permis de renforcer la protection de l’environnement et le respect des normes du travail. L’ALENA a aussi favorisé l’industrialisation de la frontière américano-mexicaine qui est devenue une véritable zone de coprospérité économique grâce aux délocalisations américaines.

2- Les effets négatifs de l’accord 

L’application de l’accord a produit des effets négatifs sur les trois Etats signataires.

Aux Etats-Unis, elle a eu pour conséquence de détruire des milliers d’emplois (880000), dans l’industrie, en raison des délocalisations. Les emplois détruits sont remplacés par des emplois dans les services avec moins d’avantages sociaux et des salaires inférieurs pour la main d’œuvre peu qualifiée. L’augmentation du taux de chômage renforce les inégalités sociales. Au Mexique le chômage s’est accru avec la faillite de plusieurs petites et moyennes entreprises mal adaptées à la concurrence, surtout dans le textile, le bois le cuivre. En plus on assiste à une désindustrialisation du Mexique qui se traduit par un déficit commercial de 8 milliards de dollars. La levée progressive des barrières douanières pour les produits agricoles effectuée depuis 2003 conformément à l’accord, met en danger les agriculteurs mexicains. En effet l’arrivée massive sur le marché des produits agricoles américains, à un prix plus compétitif, fragilise le ¼ de la population qui vit de l’agriculture. Inversement la crise économique qui a frappé le Mexique depuis la mise en place de l’ALENA a contribué au ralentissement de l’économie américaine et pesé négativement sur la valeur du dollar, car les Etats-Unis ont apporté une aide financière au Mexique pour stabiliser la situation, parce qu’une crise économique durable dans ce pays voisin renforcerait l’immigration clandestine, si nous savons que chaque année près de 1,5 million de mexicains sont refoulés par les garde-frontières américains. L’ALENA a aussi provoqué des dangers sur l’environnement. En dépit d’une loi mexicaine contraignant les entreprises à retraiter leurs déchets dans leur pays d’origine, à peine 30% des déchets par les maquiladores sont retraités aux Etats-Unis. Au canada, les objectifs essentiels de l’ALENA n’ont pas été atteints. Malgré les politiques libres échangistes, les contentieux commerciaux avec les Etats-Unis perdurent et la diversification des marchés se fait toujours attendre.

CONCLUSION

L’ALENA constitue, depuis 1994 une vaste entreprise d’intégration économique. Mais il présente encore une structure économique déséquilibrée, à cause de la différence de niveau de développement très accentuée entre les différents pays. Les effets positifs du bilan de l’ALENA constituent aujourd’hui le principal atout pour faire de cet ensemble la charpente future d’une zone de libre échange pour toute l’Amérique.

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