LA POESIE

Les fonctions de la poésie sont variées, parfois elles se complètent dans un poème.

Pour abstraire et ainsi avoir une vue globale la plus représentative possible on peut répartir ses fonctions ainsi :

Les fonctions ne sont pas présentées dans un ordre de pertinence. Le principal est de toutes les connaître…

I) La poésie est souvent lyrique ...

C’est la fonction la plus évidente de la poésie ; encore faut-il l’expliquer.

La poésie a toujours été associée à l’imaginaire, au rêve. On la considère comme éloignée du monde rationnel qu’on

exprimerait plutôt avec de la prose qu’avec le vers. La mélodie et le rythme de la poésie sont plus facilement associés au sens qu’à l’intellect.

Le lyrisme en quelques mots :

– une expression des sentiments d’une expérience singulière

– Mais transformés grâce à la poésie et ses caractéristiques (musique : rythme, mélodie et images…)

– Et ainsi l’expérience de singulière devient poétiquement universelle.

– Grâce à des modalités particulières d’énonciation (le « Je » poète se substitue à l’auteur

Aussi attend-t-on de la poésie lyrique qu’elle émeuve, qu’elle touche le lecteur. C’est ce que le commun attend d’un

poème : de l’émotion !

Elle pourra dans ce cas être lyrique, c’est-à-dire qu’elle exprimera les sentiments de son auteur qui en fera offrande au lecteur moins à même de les exprimer par lui-même. Le sentiment vécu individuellement sera donc transmis à l’homme en général, du « JE » poétique à ses lecteurs > Du singulier à l’universel

« On se plaint quelquefois des écrivains qui disent moi. Parlez-nous de nous, leur crie-t-on. Hélas ! quand je vous parle de moi, je vous parle de vous. Comment ne le sentez-vous pas ? Ah ! insensé, qui crois que je ne suis pas toi !» Hugo, préface des Contemplations, 1856

Dans la poésie lyrique sont l’amour, la joie, la mort, la fuite du temps, la tristesse, l’angoisse, la mélancolie…

Souvent, la douleur y est transcendée (dépassée) ou plutôt sublimée (dépassée et transformée en œuvre d’art) grâce au lyrisme poétique.

Les grands « classiques » (mais il y en a beaucoup d’autres !)

– François Villon – La Ballade des pendus , 1463

– La pléiade (Ronsard « Je vous envoie c bouquet », « Je n’ai plus que les os » ; Du Bellay ( Lire Les Regrets, 1558)

– Les romantiques ( Lamartine « Le Lac », Musset « Les nuits », Hugo « Demain, dès l’aube… » pour ne citer que ceux-là !)

– Les symbolistes (dont Verlaine «Chanson d’automne»)

Quelques citations

« Ah ! Frappe-toi le coeur, c’est là qu’est le génie.

C’est là qu’est la pitié, la souffrance et l’amour… »

[…]

« Les plus désespérés sont les chants les plus beaux

Et j’en sais d’immortels qui sont de purs sanglots. »

Musset : Nuit de mai (1835)

« Je ne chante, Magny, je pleure mes ennuis,

Ou pour dire mieux, en pleurant je les chante,

Si bien qu’en les chantant, souvent je les enchante :

Voilà pourquoi Magny, je chante jour et nuit. » Du Bellay, Les Regrets, (1558)

II) Mais la poésie a d’abord eu une fonction sociale voire politique

A) La poésie a longtemps joué un rôle de transmission des connaissances.

La chanson a longtemps été l’outil mnémotechnique au service de la mémoire des peuples.

L’être humain parce qu’il a conscience de soi, s’inscrit dans l’Histoire (il se projette dans le futur en s’appuyant sur le passé). Il en va de même pour les peuples qui ont utilisé la transmission orale du savoir même après l’invention de l’écriture.

Deux œuvres originelles :

L’Iliade et l’Odyssée, attribuées à Homère, écrites en vers mais surtout chantées par des aèdes. Thème : faits d’armes des héros représentatifs d’un peuple.

En France, La chanson de Geste (ex ; La Chanson de Roland) récit épique en assonances pour la mémorisation.

B) Le poète prophète

Le poète peut s’assigner pour mission d’exprimer la pensée de ses contemporains.

Assimilation du poète au prophète ; on attribue au poète un rôle messianique. (Le thème du mage romantique.) Parce qu’il

« voit » mieux et « parle mieux », le poète devient mage, prophète pour ses lecteurs. Connotation religieuse.

« Le poète en des jours impies

Vient préparer des jours meilleurs.

Il est l’homme des utopies ;

Les pieds ici, les yeux ailleurs.

C’est lui qui sur toutes les têtes,

En tout temps, pareil aux prophètes,

Dans sa main, où tout peut tenir,

Doit, qu’on l’insulte ou qu’on le loue,

Comme une torche qu’il secoue,

Faire flamboyer l’avenir ! »

Hugo, Les Rayons et les ombres, 1840

« La poésie sera de la raison chantée… Elle sera philosophique, religieuse, politique, sociale… Elle va se faire peuple et devenir populaire comme la religion, la raison et la philosophie. (…) Lamartine, Préface des Œuvres complètes, 1834

Certains discutent l’utilité sociale du poète…

« Poète –synonyme (noble) de nigaud (rêveur)

POESIE (la) – EST tout à fait inutile : passée de mode » Flaubert, Dictionnaire des idées reçues

« Un bon poète n’est pas plus utile à l’état qu’un bon joueur de quilles. » F. Malherbe (poète du XVe siècle)

« Tout ce qui est utile est laid. » Théophile Gautier, Préface de Mademoiselle de Maupin (1835)

C) Le poète militant : la poésie engagée

Grâce notamment au registre polémique voire satirique (pas toujours) le poète remet en cause l’ordre politique établi.

Quelques recueils de poésie engagée :

Les Tragiques, Agrippa D’Aubigné, 1616 (diatribe satirique contre les guerres de religions qui opposent catholiques et protestants)

Certaines des Fables de La Fontaine, 1668 qui font la satire du pouvoir royal (ex : « les obsèques de la lionne »)

Les Châtiments, Victor Hugo, 1853 (contre le Second-Empire et Napoléon III surnommé satiriquement, « Napoléon – le – Petit » par l’auteur

Les surréalistes : proposent de détruire l’ordre social pour faire une révolution.

« REVOLUTION – solution de tout rêve » Michel Leiris, La Révolution surréaliste, 1925

Mais aussi les poètes –résistants pendant la seconde Guerre Mondiale

Poésie et vérité, Paul Eluard, 1942 (lire « Liberté »)

Destinées arbitraires, 1942, L’Honneur des poètes ou Etat de veille, 1943-44 de Robert Desnos (« Le veilleur du Pont-au Change » , « Ce cœur qui haïssait la guerre »

Les Feuillets d’Hypnos, 1943-44 de René Char

III. Et la poésie peut aussi avoir une fonction didactique

La poésie est dans ce cas source de connaissance et de réflexion : poésie didactique > « qui enseigne »

Intérêt : faire réfléchir le lecteur sur la nature humaine en utilisant les ressources de la poésie en particulier les analogies : comparaisons et métaphores

Dans cas le langage poétique est l’instrument de connaissance de l’homme et en particulier de la morale (moyen de se comporter en but de vivre selon le but qu’on s’est fixé (l’éthique)

Les poètes latins exposent des idées philosophiques comme Lucrèce (Ier siècle av. J.-C. qui dans le De natura rerum, présente avec une intention morale, certains aspects de la philosophie épicurienne.

But à l’époque : rendre la pensée philosophique plus accessible qu’en prose et plus facile à transmettre aussi.

Tradition de la poésie didactique : l’apologue – l’exemple > la morale

Pléiade : Du Bellay avec certains des sonnets de l’Olive (néoplatonisme (lire le sonnet CXIII) ; Ronsard et le thème du Carpe

Diem (« Je vous envoie un bouquet … »)

Classicisme : La Fontaine et ses Fables au XVIIe

Romantisme : A. de Vigny avec ses Destinées (lire «La mort du loup », d’inspiration stoïcienne)

IV .« La poésie n’a d’autre but qu’elle-même » ? (Ch. Baudelaire)

Lorsque la poésie a pour but … elle-même ! et non plus le lyrisme, la politique ou encore la morale elle devient une sorte de pur jeu sur le langage, un espace d’innovation associant virtuosité et parfois même humour. Dans ce cas, le poète est assimilé à un artisan des mots.

Intérêt : exploiter toutes les capacités du langage pour lui faire perdre une simple fonction utilitaire.

Quelques poètes représentatifs :

– Les Grands rhétoriqueurs de la fin du XVe siècle (émergence de nouvelles formes poétiques – ballade, virelai, rondeau – variées avant que le sonnet venu d’Italie ne s’impose.) exemple type : Clément Marot

– Malherbe, le poète-technicien (pas question d’inspiration, encore moins de fonction sociale prophétique, le poète doit avant tout être un « bon faiseur de vers et un excellent arrangeur de syllabes » – lire « La consolation à M. Du Periers »)

– La poésie Précieuse au XVII siècle (lire les poèmes de Vincent Voiture)

– Le Parnasse (Gautier, Leconte de Lisle, De Hérédia principalement qui pratiquent « l’art pour l’art » vers 1860-1870 : seul compte le culte de la forme et on ne s’intéresse surtout pas à l’actualité . Refus de la poésie engagée ! (c’est surtout l’antiquité et l’art qui sont ses thèmes de prédilection) – lire la préface du roman de Gautier, Mademoiselle de Maupin, 1835.

– Mallarmé qui fait du poème un lieu d’expérimentation linguistiques extrêmes (« lire le sonnet en

– Apollinaire et ses Calligrammes, 1913 (jeux visuels)

– Francis Ponge qui dans le Parti pris des choses tourne le dos au lyrisme et s’intéresse à de simples objets qu’il décrit

poétiquement dans ses poèmes en prose : chaque objet est soumis au travail et à l’imagination du poète et est présenté par l’intermédiaire de « jeux de langue » pour devenir un « objeu » (voir le poème « le pain »)

– L’OULIPO (OUvroir de LIttérature POtentielle : groupe de poètes fondé par Raymond Queneau et Jacques Roubaud, des mathématiciens de formation qui ont développé dans le poème leur passion pour les combinatoires (Cent mille milliards de poèmes) ; la méthode m+7 > « La Cimaise et la Fraction »

– Georges Perec et les lipogrammes (sonnet lipogrammatique –auquel il manque une voyelle)

Enfin n’oublions pas les arts poétiques qui sont des poèmes dont le thème est justement la création poétique, en « fixant des règles ». Le poème est lui-même l’objet de la poésie.

Quelques arts poétiques célèbres concernant la poésie et la forme:

Nicolas Boileau, Art poétique, 1674 : codifie les règles classiques amorcées par Malherbe

Victor Hugo, Réponse à un acte d’accusation, dans Les Contemplations, 1856, explique les nouveautés et les ruptures de la poésie romantique par rapport à la poésie classique Verlaine, Art poétique, dans Jadis et Naguère, 1874 : explique des nouveautés poétiques symbolistes (vers impair, importance de la musique.)

V) La poésie apporte un regard nouveau sur le monde

Platon critique le poète qui selon lui éloigne les hommes de la vérité des idées parce que comme tous les artistes, il donne une image déformée des objets qui sont eux-mêmes une image des idées…

« L’art d’imiter est donc bien éloigné du vrai, et, s’il peut tout exécuter, c’est, semble-t-il, qu’il ne touche qu’une petite partie de chaque chose, et cette partie n’est qu’un fantôme. » Platon La République, X.

On peut considérer que la poésie justement, loin de nous du réel, nous donne un regard neuf sur lui.

A)  La poésie est le contempler au-delà différent de notre quotidien : le poète – voyant

La poésie est le moyen d’accéder à une « surréalité », un monde supra-naturel.

Mais dans ce cas, seul l’initié à la poésie parfois hermétique aura accès à cette surnature cachée derrière le réel quotidien et vulgaire.

Principaux représentants :

les poètes symbolistes :

Baudelaire : lire « Les Correspondances » , s’intéresser aux synesthésies…

Verlaine : lire « promenade sentimentale » où le paysage décrit est étroitement lié à la tristesse de l’auteur.

Rimbaud : lire « Le Bateau ivre », « Aube », « l’alchimie du verbe » et surtout la lettre au voyant, son art poétique.

B) La poésie religieuse

Paul Claudel : une œuvre très marquée par la foi catholique. Ses poèmes se présentent sous la forme de versets (petits paragraphes de textes sacrés)

C) La poésie comme accès à l’inconscient : le surréalisme

Le poème peut-être le moyen de faire s’exprimer l’inconscient intentionnellement.

Freud : « Le moi n’est même pas maître dans sa maison »

La poésie est alors le moyen d’explorer l’inconnu.

Les surréalistes rompent avec les contraintes du langage et de la création poétique fondée sur la concentration et le travail conscients en ce sens, ils sont les héritiers directs de Rimbaud et de sa lettre au voyant Ils favorisent l’accès au rêve par des exercices particuliers comme l’écriture automatique.

Lire Le Manisfeste du surréalisme d’André Breton (1924) « Ecrire en l’absence de tout contrôle exercé par la raison, en dehors de toute préoccupation esthétique et morale. »

D) La poésie dévoile le monde : le poète alchimiste

« Tu m’as donné ta boue, et j’en ai fait de l’or. »

Charles Baudelaire, (projet d’épilogue pour la seconde édition des Fleurs du Mal)

« Peintres et poètes, il faut ouvrir l’œil intérieur de l’imaginaire » P. Picasso

> Le cubisme ne nous donne-t-il pas un regard « neuf » sur la réalité ?

« La poésie montre nues, sous une lumière qui secoue la torpeur, les choses surprenantes qui nous environnent et que nos sens enregistraient machinalement (…).

Mettez un lieu commun en place, nettoyez-le, frottez-le, éclairez-le de telle sorte qu’il frappe avec sa jeunesse et avec la même fraîcheur, le même jet qu’il avait à sa source, vous ferez œuvre de poète. » Jean Coteau, Le Secret professionnel (lire les poèmes de F. Ponge à ce sujet)

« L’homme qui parle est au-delà des mots, près de l’objet ; le poète est en deçà. Pour le premier, ils sont domestiques ; pour le second, il restent à l’état sauvage. Pour celui-là, ce sont des conventions inutiles, des outils qui s’usent peu à peu et qu’on jette quand ils ne peuvent plus servir ; pour le second, ce sont des choses naturelles qui croissent naturellement sur la terre comme l’herbe et les arbres. » Jean-Paul Sartre

« Je crois que la poésie est un moyen de connaissance, un des moyens d’apprendre le monde. Il y a toutes sortes de moyens de connaissance. Pour important que soit le rôle de la science, il n’est pas les seul. Nous ne devons nous priver d’aucun de ces moyens. Il n’y a pas que la connaissance purement intellectuelle qui est connaissance. Après tout, le meilleur moyen de connaître un pomme, c’est de la manger. Eugène Guillevic

« Autrefois j’avais trop le respect de la nature. Je me mettais devant les choses et les paysages et je les laissais faire. Fini !

Maintenant, j’interviendrai. » Henri Michaux

QUIZZ

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La poésie peut être définie comme :

Correct! Wrong!

Dans le poème « Voyelles » de quelle couleur est le A?

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Quelle est la suite du poème « Demain, dès l'aube,... »

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Dans quel recueil de poèmes de Rimbaud, est extrait « Le dormeur du Val »?

Correct! Wrong!

Comment s'appelait le mouvement poétique de la seconde moitié du XIX dont le chef de fil est Charles-Marie Leconte de Lisle?

Correct! Wrong!

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