LA QUESTION DE L’EAU AU SÉNÉGAL LA QUESTION DE L’EAU AU SÉNÉGAL

INTRODUCTION

L’eau n’est pas seulement indispensable à la vie, elle est la vie. La prise de conscience de cette réalité fait que depuis l’indépendance, le Sénégal,  essaie de maîtriser ses ressources hydriques afin de donner à cette denrée la place qui lui revient dans toute politique de développement. Cependant si les disponibilités en eau sont importantes, leur mise en valeur effective se heurte à plusieurs limites.

I-LES RESSOURCES EN EAU DU SÉNÉGAL

1-La pluviométrie

La pluviométrie est l’élément principal de l’alimentation en eau du Sénégal. La saison pluvieuse commence en avril et se termine en octobre. Les pluies suivent la progression du Front Intertropical (FIT) et  diminue du Sud vers le Nord (1 250 mm à Ziguinchor, 610 mm à Kaolack et 220 mm à Podor).Le volume total des précipitations annuelles tourne autour de 130 milliards de m3. Les pluies alimentent les mares, les lacs, les rivières et les fleuves.

2- L’hydrographie

  • Les principaux cours d’eau

Le fleuve Sénégal : Né dans le  Fouta Djallon et long de 1 750 km, il draine un bassin versant de 335 000 km2 dont 75 000 km2 au Sénégal. Ses principaux affluents (Bafing, Bakoye et Falémé) lui assurent un apport d’eau considérable renforcé par les apports du Kolimbiné et du Karakoro. Son  débit moyen est de 675 m3/s. La période des hautes eaux s’étale de juin-juillet à octobre novembre et celle de basses eaux de novembre-décembre à mai-juin. A proximité de son embouchure, il charrie un impressionnant volume d’eau, entre 20 et 30 milliards de m3 d’eau par an.

Le fleuve Gambie : Sa longueur est de 880km. Sur les 75 000 km2 que couvre son  bassin versant, 53 000 km2 se trouvent au Sénégal Oriental. C’est d’ailleurs dans cette région que se trouvent ses principaux affluents : le Tiokoye, le Diarha, le Koulountou, le Niokolo-Koba et le Sandougou. Son débit moyen se situe entre 100 et 105 m3/s à Kédougou, soit 3,20 milliards de m3 d’eau par an.

  • Les autres cours d’eau

La Casamance : C’est un ria dont la langue saline remonte jusqu’à Sédhiou en période de basses eaux. Les barrages de Guidel et d’Affiniam ont été édifiés dans son bassin pour arrêter l’invasion marine. Son débit moyen n’est que 7,67 m3/s à Kolda, alimenté surtout par le

Le Sine et le Saloum : Ce sont également des rias dont les vallées sont salées vers l’océan et asséchées ou captant les eaux d’hivernage à l’intérieur des terres.

Le Kayanga : C’est un affluent du Rio Geba en Guinée Bissau. Il ne concerne le territoire sénégalais que sur quelques dizaines de km au Sud du département de Vélingara.

  • Les lacs, les marigots et les cuvettes

Le lac de Guiers : Dépression longue, vaste et irrégulière prolongeant la vallée fossile du Ferlo, le lac de Guiers communique avec le fleuve Sénégal par le Taouey. Il s’étire sur environ 30 km de long sur une largeur moyenne de 5 km de la partie terminale de la Taouey à Sier. Sa superficie dépasse 200 km2 et il constitue un immense réservoir d’eau douce d’environ 600 millions de m3.

 Les marigots et autres : Ils sont nombreux. Beaucoup situés dans les régions de Thiès et de Dakar se perdent directement dans l’océan pendant l’hivernage.

3- Les eaux souterraines

Les eaux souterraines sont présentes partout au Sénégal à l’exception du Sud-est du pays  où affleure le socle ancien du Précambrien. Elles se divisent en deux catégories : les nappes superficielles ou phréatiques et la nappe profonde ou mæstrichienne.

  • Les nappes superficielles ou nappes phréatiques :

Elles comprennent la nappe du continental terminal qui est la plus vaste, les nappes situées à l’Ouest du 16e méridien (axe Ross Béthio, Darou Mousty, Kahone) et les nappes de la presqu’île du Cap Vert. Au niveau du Cap Vert, l’eau est présente dans les affleurements du mæstrichien et du paléocène. Les grandes nappes sont la nappe infra-basaltique de Dakar, la nappe de Thiaroye, la nappe de Sébikhotane et la nappe de Pout qui fournissent plus de 70 000 m3/jour.

  • La nappe profonde du mæstrichien :

C’est la plus grande réserve d’eau douce constituée depuis 100 millions d’années avec un volume d’environ 3000 milliards de m3. Sa profondeur varie de l’Est (moins de 100 m) à l’Ouest (plus de 550 m). Sa partie inférieure est salée. Elle est alimentée par les inondations du fleuve Sénégal et de la Gambie.

II- LA POLITIQUE DE L’EAU AU SÉNÉGAL

L’eau occupe une place importante dans la vie économique nationale. La consommation humaine  est surtout importante dans les villes comme Dakar. Elle est de 28litres/hbts/jour alors que les normes de l’OMS fixent les besoins à 35 litres/jour. Ce qui montre que les besoins ne sont pas satisfaits. Les besoins professionnels, eux  concernent l’agriculture qui nécessite le développement des cultures irriguées ; mais aussi l’industrie et le tourisme dont les besoins estimés à environ 40 020 m3/jour et 10 240 m3/jour  sont loin d’être satisfaits. Tous ces éléments rendent nécessaire une maîtrise de l’eau à laquelle autorités et particuliers se sont essayés depuis plusieurs décennies.

1- Les différentes initiatives

Le percement de forage et le fonçage de puits pour pomper les nappes superficielles et la nappe mæstrichienne. À travers le Sénégal, plus de 500 forages ont été réalisés. Les plus importants se situent au niveau des nappes de Pout, Sébikhotane et Thiaroye, et alimentent Dakar.

L’aménagement du lac de Guiers et le traitement de ses eaux pour l’alimentation en eau de Dakar et de certains grands centres urbains. Ce projet initié dans les années 70 grâce à la coopération allemande a connu des améliorations par la suite avec la construction d’une deuxième usine à Nguith, la construction d’une digue à Keur Momar Sarr, le creusement de nouveaux forages et l’installation d’une nouvelle conduite de 1000 à 12000 mm de diamètre entre Guéoul et Dakar.

La construction de barrages sur les cours d’eau importants : elle vise la régularisation par artificialisation des cours, l’arrêt des remontées de langue salée en provenance de l’océan, l’assurance de l’irrigation et du ravitaillement des zones de rétention. C’est dans ce cadre qu’il faut situer la construction des barrages de Diama et de Manantali sur le Sénégal, d’Affiniam sur la Casamance, de l’Anambé sur le Kayanga et de Niandouba.

La revitalisation des vallées fossiles : Il s’agissait pour le régime d’avant 2000 d’un programme de remise en eau de certaines vallées mortes comme le Sine, le Ferlo, le Saloum à partir d’une maîtrise des eaux du fleuve Sénégal. Après des études et une courte phase d’exécution, cette entreprise a été abandonnée en 2000 et remplacée par le projet des bassins de rétention et le réseau hydrographique national. Quelques bassins sont réalisés. Ils consistent à approfondir certains grands marigots et étangs, et limiter les infiltrations pour retenir l’eau pendant une partie de la saison sèche. Ces bassins doivent permettre le développement du maraîchage, de la foresterie, de l’élevage et de la revitalisation des écosystèmes.

2- Les limites à la politique de maîtrise de l’eau

  • Les difficultés liées à la conservation

C’est le problème majeur car le pays perd, suite à trois phénomènes principaux, l’essentiel de son potentiel hydrique :

L’importance de l’évaporation : Avec une saison non pluvieuse à 10 mois, des températures tropicales situées entre 15 et 40° C, des vents chauds et asséchants, l’insolation longue et une faible nébulosité, les pertes dues à l’évaporation sont considérables. Elles varient entre les régions, mais on considère qu’en moyenne 50 à 60 % des disponibilités en eau sont perdues du fait de l’évaporation.

Les pertes liées à l’écoulement : Aux milliards de m3 qui se perd dans l’océan, s’ajoutent les autres centaines de milliards de m3 des nombreux versants et marigots situés hors des grands bassins hydrographiques. Leur aménagement aurait permis l’irrigation d’importantes surfaces dans la région de Dakar, le massif de Ndiass et le plateau de Thiès par exemple.

L’infiltration : Elle est importante dans les régions trop perméables. Elle présente l’avantage de renouveler la nappe phréatique.

La sécheresse

 

La période située entre 1968 et 1997 a été marquée par un déficit pluviométrique qui a connu son point culminant en 1972-1973 et 1983-1984. Il a asséché les mares, fait baisser les nappes, déstructuré les écosystèmes et décimé le bétail, sans compter les répercussions sur les hommes. Phénomène non maîtrisable, la sécheresse est à l’origine de plusieurs des maux du pays. A partir de 1998, une tendance vers la normalisation des pluies, voire un excès a été enregistré.

La qualité de l’eau :

  • La salinisation : Elle est liée à la remontée des langues salées. Ce phénomène touche tous les fleuves du Sénégal et justifie la construction de barrages anti-sel. Certaines nappes sont aussi concernées par la salinisation qui rend l’eau impropre à la consommation
  • Les facteurs pathogènes : Il s’agit de la pollution par les déchets et de la présence de parasites. En effet le fleuve Sénégal est particulièrement affecté par les pesticides et engrais. Il en est de même de la presqu’île du Cap Vert où les nappes superficielles ont été souillées par les fosses septiques, la décharge de Mbeubeuss et la station d’épuration de Camberène. En ce qui concerne les parasites, il s’agit du ver de Guinée présents dans les mares, de la bilharziose (moyenne et haute vallée) et de la simulie qui provoque l’onchocercose ou cécité des rivières (Sud-est où l’écoulement est très rapide).
  • Les problèmes techniques, financiers et politiques

La non disponibilité des fonds nécessaires à leur réalisation fait que certains projets, pourtant vitaux, dorment toujours dans les tiroirs. C’est le cas du Canal du Cayor et du réseau hydrographique national.

Quant aux problèmes politiques, ils peuvent entraver la réalisation de grands projets comme ce fut le cas des vallées fossiles dont la concrétisation s’est heurtée à l’opposition de la Mauritanie.

III- LES PERSPECTIVES

Le bilan du Sénégal en termes de maîtrise de l’eau est déficitaire. Ce déficit se note au niveau des besoins domestiques, agricoles et industriels. L’expérience montre que la maîtrise de l’eau est la clé du développement pour les pays sahéliens car leur prospérité est liée à cette denrée précieuse. La réussite du Sénégal dans ce domaine passe par une amélioration des programmes existants qui sont pertinents dans leur fond et la renégociation d’autres qui ont été abandonnés trop tôt.

 Les bassins de rétention :

Ils sont au nombre de 138 et  souffrent d’une légèreté dans leur conception. C’est la raison pour laquelle ils sont trop exposés et ne retiennent qu’une infime partie de l’eau. Ce programme devrait s’accompagner d’autres types de retenues.

  • Les pluies artificielles : Elles jouent un rôle non négligeable dans un pays comme le Maroc. Après deux années d’expérimentation au Sénégal, une bonne évaluation devrait permettre de penser à leur extension à l’ensemble du pays.
  • Les vallées fossiles et le Canal du Cayor : Leur réalisation, bien que litigieuse et coûteuse, est indispensable au règlement de la question de l’eau. Eux seuls permettraient un approvisionnement correct, une recharge des nappes phréatiques, la revitalisation des écosystèmes et le règlement des inondations de la ville de Saint-Louis.
  • Le traitement des eaux usées : Leur utilisation à des fins agricoles aiderait au développement de l’agriculture péri-urbaine et à la création de ceintures vertes autour des centres urbains.
CONCLUSION

Le Sénégal est un pays qui dispose de réelles  potentialités en matière d’eau. Celles-ci restent  cependant sous exploitée  malgré les initiatives prises par les autorités depuis plusieurs années. Aujourd’hui que la question de l’autosuffisance alimentaire est devenue une priorité, la mise en place d’une politique hydraulique efficace pourrait être une alternative plus que jamais crédible

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