LE MODÈLE ÉCONOMIQUE JAPONAIS: CARACTÉRISTIQUES ET PROBLÈMES

INTRODUCTION

Archipel réduit  de 377 000 km2  et zone d’instabilité géologique, le Japon est la troisième puissance économique mondiale derrière les Etats-Unis et la Chine, avec un PNB de 4923,76 milliards de dollars. Ses conditions naturelles défavorables et les destructions massives enregistrées pendant la Seconde Guerre Mondiale, font dire à certains, que la réussite économique du japon est un miracle. Mais il faut noter que c’est grâce à une  bonne organisation économique que le Japon est parvenu à occuper une place primordiale dans l’économie mondiale.

Cependant le modèle économique (capitaliste et libéral) est confronté problèmes qui sont aujourd’hui aggravés par la crise économique et financière et la catastrophe naturelle (séisme) de Fukushima.

I- LES CARACTÉRISTIQUES DU MODÈLE ÉCONOMIQUE JAPONAIS

  1- Les valeurs culturelles et la qualité des ressources humaines

Les japonais font preuve d’un grand souci de l’intérêt commun, qui est celui de la famille de l’entreprise de l’État, incarnation de la communauté nationale. Le modèle économique japonais s’appuie sur des philosophies sociales qui prônent le respect de la hiérarchie, le travail, et la discipline. C’est pourquoi dans ce pays, l’entreprise a tendance à remplacer la famille, ce qui réduit considérablement les revendications sociales.

Ces valeurs culturelles sont renforcées par la qualité des ressources humaines. En effet le Japon a l’un des systèmes éducatifs les plus modernes au monde et qui produit une main d’œuvre dont le haut niveau de technicité est mondialement reconnu.

2- La structure des entreprises

Les grandes entreprises constituent les véritables fers de lances de l’économie japonaise. Ces keiretsu, héritières des zaibatsu d’avant-guerre sont des multinationales qui combinent des activités industrielles, financière (banques et sociétés d’assurance) et commerciale (SogoShosha).Les Sogo-Shosha assurent 55% des importations et 48% des exportations japonaises. Les keiretsu (Mitsubishi, Toyota, Nippon Steel…) sont de véritables conglomérats liés aux banques d’affaires, elles contrôlent l’essentiel des activités de production, assurent la compétitivité de l’économie japonaise dans le monde et fournissent 85 % du chiffre d’affaire industriel et assure 30% des emplois.

Les grandes entreprises nippones s’associent aux PME pour plus d’efficacité. Les conditions de travail, la faiblesse de la protection sociale et les salaires bas dans les PME facilitent l’accumulation de profit pour les grandes entreprises.

3)- La recherche permanente de la compétitivité

L’une des clés de la réussite japonaise est la recherche permanente de la compétitivité. Elle amène les industriels japonais à délocaliser certaines de leurs activités dans d’autres pays de l’espace Asie Pacifique, en Amérique du Nord, en Europe occidentale.

Ces délocalisations permettent aux entreprises japonaises de faire face au problème de la saturation de leur marché intérieur et de conquérir des espaces économiques développés.

Dans la recherche de la compétitivité, l’innovation occupe une place essentielle. En effet le Japon est l’un des pays qui dépensent plus dans la recherche pour le développement (2,5 % du PIB).C’est également le pays où les grandes entreprises mènent une politique très offensive d’acquisition de licences et de brevets étrangers.

4- Le rôle de l’État

L’État joue un rôle important dans la modernisation et la promotion de l’économie. Il a pendant longtemps mené des politiques efficaces de protectionnisme pour favoriser le développement de l’industrie nationale.

Le Ministère de l’Industrie et du Commerce  International (MITI) élabore des plans indicatifs, intervient dans la restructuration des entreprises en difficulté et mène une très grande activité d’information économique auprès des partenaires du Japon. Il participe aussi à la modernisation des industries pour mieux les adapter aux exigences du marché international. Le MITI gère une agence pour le développement industriel et entretient un réseau mondial de promotion de produits japonais à travers l’Organisation Japonaise Pour le Commerce Extérieur (JETRO)

II- LES RÉSULTATS DU MODÈLE JAPONAIS

1- Une grande puissance industrielle et commerciale

L’industrie japonaise est la deuxième du monde derrière celle des Etats-Unis. Elle occupe 28% de la population active et fournit 27,1% du PIB. Le secteur industriel japonais est très diversifié. Les machines-outils et le matériel de transport représentent 40% de la valeur ajoutée industrielle. Le japon occupe le premier rang mondiale pour la construction  navale (45% du marché mondial), la production d’acier et l’industrie automobile( plus de 11millions de véhicules produits en 2009 par les grands constructeurs que sont Toyota, Mazda, Honda…). Le Japon est aussi le numéro 1 mondial de l’automobile grâce à sa révolution   du numérique.

Le Japon est une grande puissance commerciale. Il est le 5e importateur mondial, derrière les Etats-Unis, la Chine, l’Allemagne et la France et le 4e importateur mondial de marchandises. Il a un solde commerciale excédentaire avec les Etats-Unis et l’Union Européenne. En 2009 il a réalisé un excédent 2009 de 91,872 milliards de dollars.

2-Une grande puissance financière

Grâce à ses excédents commerciaux et forte capacité d’épargne intérieure, le Japon est devenu la première puissance financière et a l’une des  premières places boursières du monde. Cette place est symbolisée par le dynamisme de la bourse de Tokyo et le poids des banques japonaises (Mizuto Bank, Sumimoto Mitsui Banking Corporation, UFJ Bank Ltd, Bank of Tokyo-Mitsubishi, Norinchukin Bank). Le Japon est le premier créancier des États-Unis et de l’Union Européenne et le premier donateur des pays en voie de développement.

Les domaines ciblés par les investisseurs japonais sont l’industrie, les transports, l’exploitation de ressources minières, énergétiques…

Aujourd’hui les multinationales japonaises développent des stratégies pour renforcer leur présence dans l’économie mondiale, en procédant au rachat d’entreprises en difficulté, en participant à l’exploitation des mines, des plantations des pays sous-développés et développant une politique d’achat de licences et de brevets. Grâce à ces investissements, les autorités politiques japonaises entrevoient l’avenir avec sérénité.

III- LES PROBLÈMES DU MODÈLE ÉCONOMIQUE JAPONAIS

1- Les problèmes liés à l’extraversion de l’économie

Le développement excessif de l’industrie au détriment de l’agriculture accroît la dépendance alimentaire du Japon. En effet sa balance alimentaire est l’une des plus déficitaires au monde.

L’absence de ressources énergétiques entraîne une forte dépendance en matières premières. En plus, les entreprises japonaises dépendent de l’extérieur pour écouler leurs produits et le japon doit beaucoup exporter pour prendre en charge ses besoins en matières premières et en produits alimentaires (dépendance commerciale). Le Japon est donc,  parmi les développés, celui qui subit le plus les fluctuations de l’économie mondiale. Cela s’est vérifié avec  la crise économique et financière asiatique de 1998. Le protectionnisme mené par les États-Unis et les pays de l’Union Européenne constitue une limite à l’expansion de l’économie japonaise. En effet, l’économie japonaise est fortement affectée par cette crise. Elle est entrée en récession, en novembre 2008. Les deux secteurs de pointes de l’industrie japonaise que sont la production d’acier et l’automobile ont été fortement affectés par la crise. La production d’acier a connu une diminution de 35% alors qu’elle compte pour 61% de la croissance économique en 2007. L’industrie automobile a subit les plus lourdes pertes de l’histoire (3,1 milliards d’Euro). La production d’automobile a chuté de 37,9%. Les effets négatifs de la crise économique et financière ont été aggravés par la catastrophe naturelle de Fukushima.

2- Les problèmes sociaux et économiques

Le dualisme économique engendre des inégalités sociales. L’internationalisation de l’économie japonaise et la recherche de la compétitivité amènent l’État à accorder la plus grande partie des subventions aux grandes entreprises au détriment des Petites et Moyennes Entreprises (PME) qui assurent plus de 75 % des emplois. Ainsi ces PME résistent difficilement à la conjoncture économique et plusieurs d’entre-elles tombent en faillite, ce qui augmente considérablement le chômage. Avec la récession économique qui sévit dans le pays, les licenciements et les emplois à temps partiels se développent et bouleversent complètement la société japonaise. Le dualisme économique se traduit par un statut désavantageux pour les travailleurs des PME dont le niveau de vie est largement inférieur à celui des employés des grandes entreprises. Les PME résistent difficilement à une conjoncture économique et plusieurs d’entre elles tombent souvent en faillite,  ce qui augmente considérablement le taux de chômage. Par exemple, avec la crise économique et financière (2007-2009) des milliers de PME japonaises ont fait faillite et le taux de chômage a atteint un niveau record de 9%.

Le niveau de vie très élevé au Japon entraîne une réduction de la taille de la famille et un vieillissement fortement soutenu par une espérance de vie très élevés. Avec une tranche de vieillards représentant 20 % de la population, un accroissement naturel de 0,02 %, le Japon a la population la plus vieille au monde et  dans un court ou moyen terme cela peut peser négativement sur son dynamisme économique.

CONCLUSION

C’est grâce à une bonne organisation économique que le Japon est parvenu au 2e rang de l’économie mondiale derrière les États-Unis. Cependant son économie fortement tournée vers l’extérieur entraîne sa dépendance énergétique, alimentaire, et commerciale vis à vis du marché mondial.

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