LE SÉNÉGAL: LES PROBLÈMES ÉCONOMIQUES ET LES POLITIQUES DE DÉVELOPPEMENT :

INTRODUCTION

Le Sénégal était le socle sur lequel fût bâti le dispositif colonial français en ex. AOF. C’est la raison pour laquelle il avait accueilli d’importants investissements qui en avait fait le centre économique de la sous-région. Depuis son accession à l’indépendance, il est confronté à de sérieuses difficultés qui justifient les différentes politiques de développement mises en place.

I- LES PROBLÈMES ÉCONOMIQUES

Depuis l’accession à l’indépendance, l’économie sénégalaise est confrontée à des difficultés structurelles qui handicapent sa compétitivité et empêchent le décollage du pays.

  • L’héritage colonial et le rétrécissement du marché lié aux indépendances :

Le partage des tâches pour l’administration coloniale avait fait du Sénégal un centre industriel devant approvisionner les autres territoires d’AOF. À la survenue des indépendances, le développement d’industries nationales et la liberté de choix des partenaires par les autres pays provoquent le rétrécissement des débouchés de l’industrie sénégalaise. Elle peine à sortir de cette crise.

  • Une industrie essentiellement liée à la transformation des produits primaires :

Le tissu industriel sénégalais est peu diversifié et repose sur la transformation des produits primaires. C’est la raison pour laquelle les produits alimentaires sont prépondérants dans les exportations. Ils partagent cette prépondérance avec les phosphates et leurs dérivés. Cette faiblesse perdure depuis les années 60 et fait que la part de l’industrie dans le PIB demeure faible.

De l’indépendance à 1991, elle a varié entre 12,5 % à  16 % environ.

  • Une agriculture peu modernisée et monoculturale :

L’agriculture sénégalaise est handicapée par trois types de faiblesses :

1-La monoculture archidiacre :

Depuis la première expédition d’arachides du Sénégal vers la France en 1840, la place de cette culture dans l’économie du pays n’a cessé de s’accroître, au point de représenter 64 % de la production agricole totale en 1975-76. Cette monoculture arachidière s’accompagne d’un appauvrissement des sols et d’une faiblesse des cultures vivrières. Il en résulte un important déficit vivrier (ex.50% des besoins en riz) qui pose la question de l’autosuffisance alimentaire ; d’où accroissement des importations alimentaires (709 millions de $ contre 493 millions de $ pour les exportations en 2003).

L’insuffisance mécanique :

Les techniques culturales ont peu évolué. A quelques exceptions près, l’agriculture demeure essentiellement une affaire de force musculaire.

La faiblesse de l’irrigation :

L’essentiel de la production dépend de la pluviométrie. L’irrigation ne concerne qu’une infime partie des surfaces cultivables, dans la vallée et dans les Niayes. Ces différents éléments font que la productivité est faible et l’agriculture qui emploie 15 % de la population active est peu compétitive.

  • Des échanges déficitaires :

La balance commerciale du Sénégal est déficitaire. Les importations ont atteint 2 454 millions de $, soit un gap de  1 123 millions de $. Cette perte de devises est accentuée par le fait que le pays exporte des produits primaires et que les habitudes de consommation sont très extraverties.

  • La très forte disparité dans l’aménagement du territoire

Le déséquilibre est grand entre la côte et l’intérieur. L’essentiel de l’infrastructure économique reste concentré dans la région de Dakar avec 90 % des entreprises industrielles. La région participe pour 70 % à la valeur ajoutée du secteur et fournit 75 % des emplois permanents. Elle distribue aussi plus de 75 % des salaires du secteur et  abrite 23 % de la population  pour 0,27 % du territoire national.

  • La faiblesse des infrastructures de transports et de communication :

Le Sénégal a hérité de la colonisation des infrastructures assez importantes dont un aéroport international, un port de dimension régionale et une voie de chemin de fer qui le relie au Mali. Elles  présentent cependant quelques insuffisances : faiblesse des transports aériens intérieurs, le déficit de mise en valeur des ports secondaires de Saint-Louis, Kaolack et Ziguinchor, l’insuffisance du réseau routier (5 000 km sont bitumés sur les 15 000 km carrossables) et la déliquescence du réseau ferroviaire.

  • Un environnement des affaires peu favorable : Les lourdeurs administratives, la corruption, la cherté de l’électricité ainsi que l’irrégularité dans sa fourniture et l’insuffisance des parcs industriels constituent autant de handicaps pour le développement des affaires.
  • La pauvreté et l’endettement : Le pourcentage de la population en situation de pauvreté était de 57,12 % en 2001-2002. Il est de 57,3 % en zone rurale contre 43,3 % dans les villes de l’intérieur et 33,3 % à Dakar. Quant à l’endettement, il est passé de 1 199,2 millions de $.en 1979 à 1 984,3 millions de $. en 1983 et à il est estimé à 3,7 milliards de $. en 2002. L’endettement constitue un des problèmes économiques majeurs du pays puisqu’il a consacré 116 millions de $ à son remboursement en 2002 dont 35,2 milliards de $ pour les intérêts. Ce remboursement équivaut à 15,2 % des recettes budgétaires du pays et limite les possibilités d’investissement de l’Etat.
II- LES POLITIQUES DE DÉVELOPPEMENT

1-La politique d’interventionnisme étatique ou de développement planifié  1960-1985)

En 1960, lorsque le Sénégal prenait son destin en main, il héritait du colonisateur d’un patrimoine à deux visages :

  • un actif composé d’infrastructures modernes, d’institutions administratives de qualité et d’une base industrielle de dimension sous-régionale (port, aéroport, routes et chemin de fer) ;
  • un passif lié à une structuration de l’économie sur la base des intérêts de la métropole, une concentration de l’effort d’investissement public et de modernisation à Dakar et à Saint Louis, ainsi qu’une énorme demande sociale non satisfaite en éducation, en santé, en logement et en emplois.

Pour prendre en charge ces défis titanesques, les premiers dirigeants du pays ont mis en œuvre leur théorie du socialisme africain qui comportait la planification impérative, un encadrement très serré des paysans (grâce au système des coopératives) et la nationalisation des entreprises. Cinq plans de développement ont été ainsi mis en place entre 1960 et 1981, caractérisés par la création d’un secteur public et parapublic assez fort et une intervention de l’État dans les différents secteurs de production.

Dans le secteur agricole, les agriculteurs sont regroupés en coopératives et leur encadrement assuré par des sociétés nationales à vocation sectorielle ou régionale comme la SAED, la SOMIVAC, la SODEVA, la SODEFITEX. Pour le contrôle de la commercialisation l’Office de Commercialisation Agricole (OCA) et l’Office National de Coopération et d’Assistance en Développement (ONCAD) sont créés.

Dans le secteur industriel : pour disposer des moyens lui permettant d’élaborer sa politique, l’Etat nationalise certaines sociétés privées par l’achat d’actions. Il s’agit notamment des Phosphates de Taïba, des Salins du Saloum, de  la Société Africaine de Raffinage (SAR).

Dans le secteur de la commercialisation, il crée la Caisse de Péréquation et de Stabilisation des Prix, la SONADIS (Société Nationale de Distribution) et la SONACOS.

Dans le secteur bancaire, il participe au  capital de BICIS, de la BNDS et l’USB entre 42 % à 73 %. Il veut ainsi orienter l’action bancaire vers le financement des opérations agricoles qu’il considère comme les leviers du développement.

Dans le secteur touristique, on note la création de sociétés touristiques ou l’entrée dans le capital de celles chargées de construire des hôtels ou d’administrer des immeubles.

Au bilan, cette politique d’interventionnisme étatique a été un échec relatif. À la fin des années 70, l’économie sénégalaise est en crise et nécessite  de nouvelles politiques de restructuration.

 2-Le désengagement de l’État ou les programmes de stabilisation et d’ajustement: (1985-2000)

a- La désillusion initiale

Au début des années 80, le blocage du développement au Sénégal est réel. Il est lié à différents à la dépendance extérieure, à l’ampleur de la dette (1144,1 millions de $ en 1981 et 1605,5 millions de $ en 1983), l’extraversion des structures de production et de consommation, l’inefficacité de l’intervention de l’État et aux effets négatifs de l’économie de traite. La nouvelle stratégie de développement censée y apporter le remède est marqué par le désengagement de l’État. Il s’appuie sur la NPA et la NPI.

La NPA (1986) visait à responsabiliser les producteurs et à établir un nouveau cadre de coopération rurale. Elle devait permettre la réalisation de l’autosuffisance alimentaire par l’intensification de l’agriculture et  la création d’emplois. Elle rompt avec l’interventionnisme étatique et prône une restructuration (réorganisation des coopératives) et  une réadaptation du mode d’encadrement rural. Certaines sociétés de développement disparaissent alors que d’autres sont redimensionnées.

La NPI (1984), quant à elle, a été mise en place pour remédier à l’essoufflement du secteur industriel né de la stagnation de la productivité et de la compétitivité; de la réduction des opportunités nouvelles offertes par l’importation substitution ; de l’existence dans l’environnement (technique et institutionnel) du secteur industriel de facteurs bloquants comme la politique tarifaire excessive, les restrictions quantitatives et le contrôle des prix. Les objectifs de la NPI sont au nombre de trois : l’amélioration de la compétitivité des industries, la modification des structures du tissu industriel, la diversification du tissu industriel dans les régions

Ce plan est accompagné par nouveau un dispositif de promotion des investissements, l’allègement des procédures de création d’entreprises, la redynamisation des structures comme la SONEPI, la Zone Franche Industrielle de Dakar et des domaines industriels, la flexibilité de l’emploi, …

Le bilan de ce programme de stabilisation et d’ajustement a été un échec. La de protection est brutale et les pertes d’emploi sont passées de 1000 en 1981 à 5000 en 1993. De même, 14 % des entreprises avaient cessé leurs activités en 1994, creusant le déficit du trésor public par la baisse des recettes. L’on a alors pu parler d’ajustement différé, justifiant la rupture entre le Sénégal et ses bailleurs au début des années 1990.

b)- Le rebond

Au début des années quatre-vingt-dix, le Sénégal traverse une période difficile caractérisée par une croissance économique négative (-2.2 en 1993), une forte dégradation des finances  publiques et une détérioration des comptes extérieurs. Au plus fort de la crise,  en août 1993, le Gouvernement a choisi de faire face par la mise en œuvre d’un Plan d’urgence axé sur un ajustement réel et destiné à restaurer la capacité financière de l’Etat et à créer les conditions d’une relance de l’activité économique. Mais, les déséquilibres financiers intérieurs et extérieurs, qui s’étaient généralisés dans toute l’Union monétaire Ouest africaine, rendaient nécessaires de compléter l’ajustement réel par un ajustement monétaire, pour faire gagner aux pays de la sous-région des gains de compétitivité substantiels. La dévaluation du franc CFA est ainsi intervenue le 11 janvier 1994.

Ces mesures ont permis de corriger  les déséquilibres par la maîtrise du déficit budgétaire qui est passé de 3.1% du PIB en 1993 à seulement 1.1% en 1999. Au total, le Sénégal a  appris à conduire les réformes structurelles essentielles pour rejoindre le rang des pays émergents.

3-La nouvelle politique depuis 2000

La survenue de l’alternance en 2000 a contribué à renforcer les politiques libérales appliquées à l’économie. Le désengagement de l’État se veut total. Il est confirmé par la Politique de Redéploiement Industriel (PRI) qui sert de viatique depuis 2002. Celle-ci accompagnée de la poursuite de la privatisation des sociétés (exemple de la SONACOS), s’appuie sur la mise en place d’une agence de promotion des investissements (APIX). Elle est basée aussi sur le développement des infrastructures et  une politique soutenue d’ « agenciation » pour une accélération des procédures. Il y a également la libéralisation des prix, le plan REVA pour une modernisation de l’agriculture et la promotion du tourisme. Tous ces efforts devront être renforcés par la réalisation de grands programmes comme la plateforme de Diamniadio et l’aéroport Blaise Diagne. Ils devront en définitive  permettre l’accélération de la croissance pour atteindre le stade de pays émergent en 2015.

CONCLUSION

Depuis l’indépendance, le Sénégal a entrepris des politiques ambitieuses de développement économique. Ces initiatives, sans amorcer un véritable décollage, ont pour la plupart du temps échoué. Toutefois avec le plan d’urgence, une embellie avait été notée même si depuis quelques temps, ses résultats semblent être remis en cause par des choix certes audacieux amis souvent incohérent et hasardeux.

×