LES GRANDES INTERROGATIONS PHILOSOPHIQUES

INTRODUCTION

Il est de la nature de l’homme de s’intéresser obstinément à ce qui le dépasse comme Dieu, le destin et l’âme. Outre sa propre nature,  les concepts de Bien et de Mal constituent des sources d’interrogation. Selon Kant la question philosophique par excellence est « Qu’est-ce que l’homme ? ». Elle résume les trois questions fondamentales de la raison que sont : « Que puis-je savoir ? Que dois-je faire ? Que m’est-il permis d’espérer ? ». Ces questions ont toujours intéressé l’homme qui, dès lors, se trouve au centre des grandes questions philosophiques d’ordre anthropologique, axiologique et métaphysique. Il lui faut trouver des réponses à ces problèmes inévitables pour satisfaire sa curiosité intellectuelle.

I-LA MÉTAPHYSIQUE

a-L’histoire d’un vocable

Dans l’existence de toute chose, il y a des aspects physiques ou sensibles et des aspects métaphysiques ou intelligibles. Est métaphysique tout ce qui existe et qu’on ne peut saisir par les 5 sens. La métaphysique est composée du suffixe « méta » qui veut dire au-delà et du radical « physique » qui signifie physis ou nature en grec. On doit le terme métaphysique à Andronicos de Rhodes (1er siècle avant J. C.) qui, en procédant à la classification des œuvres d’Aristote, a remarqué qu’il y a parmi ces œuvres qui ne traitaient ni de politique, ni d’éthique, ni de logique c’est-à-dire du cadre physique ou terrestre. Ces écrits traitaient de l’âme, du monde, de Dieu etc. qui sont des objets situés au-delà du monde sensible. Andronicos de Rhodes les classa sous le nom de « méta ta physica » ou Métaphysique. Mais les expressions qu’Aristote avait retenues étaient « la science des premiers principes et des premières causes » ou « la philosophie première », ou encore « la science de l’Etre en tant qu’être ». A travers ces différentes appellations qui signifient la même chose, Aristote se demandait s’il existe un être qui serait à l’origine de tous les autres êtres. Un être sans lequel tous les autres êtres ne seraient pas, un être qui serait au-dessus de tout le monde, qui serait unique, éternel, infini et parfait. Ainsi, on peut se rendre compte que toutes ces propriétés ne sauraient appartenir à un être humain, car l’homme est faillible et imparfait. Ces propriétés appartiennent, au contraire, à Dieu. Au-delà de son aspect divin, la métaphysique recherche l’origine ultime des choses ou leur sens à travers la question du pourquoi. D’ailleurs, André Lalande la définit comme « la connaissance de ce que sont les choses en elles-mêmes par opposition aux apparences qu’elles présentent » ou encore « la connaissance des êtres qui ne tombent pas sous les sens ».

2-Les défenseurs de la métaphysique

La métaphysique va régner jusqu’au moyen âge et retiendra l’attention de Descartes. Ce dernier cherchait un fondement à la philosophie et il l’a obtenu dans la métaphysique. On peut retrouver l’idée de la métaphysique comme fondement de toute chose dans l’exemple de l’architecture. En d’autres termes, la résistance d’un bâtiment dépend de son fondement : plus le fondement est solide, plus le bâtiment est solide. Mais si le fondement est fragile, le bâtiment risque de s’écrouler. Dans une célèbre métaphore, Descartes fait cette comparaison : « La philosophie est comme un arbre dont les racines sont la métaphysique, le tronc la physique et les branches qui se réduisent à trois principales que sont la médecine, la mécanique et la morale ». Ces deux exemples montrent l’importance de la métaphysique, car ni le fondement du bâtiment ni les racines de l’arbre ne sont visibles, et pourtant sans eux rien ne peut tenir. Ce qui signifie que toute chose visible repose sur de l’invisible.

Le but de la métaphysique est de saisir par la raison la réalité cachée, celle qui est voilée et qui se situe derrière le monde des apparences. Mais est-il possible d’accéder à cette réalité ? Oui répond Platon. A son avis, l’homme peut accéder aux Idées, c’est-à-dire au monde intelligible, monde de la vérité, opposé au monde sensible fait d’erreurs et d’illusions. Selon Platon, on ne peut faire de science que du monde intelligible. Du monde sensible, on ne peut rien connaître du fait qu’il est sans cesse changeant ; en plus de cela les sens trompent. La vraie connaissance est celle des essences qui sont immuables, éternelles. Descartes considère également qu’on peut connaître le monde intelligible. Pour lui, la métaphysique est la première des sciences et la science sans laquelle aucune autre science n’est possible. Mais d’autres philosophes rejettent la métaphysique qu’ils considèrent comme une pseudoscience et pensent qu’elle ne peut rien apprendre à l’homme de concret sinon l’enfoncer dans l’illusion de connaître les choses cachées.

3-Critiques de la métaphysique

 La métaphysique a fait l’objet de plusieurs critiques de la part des matérialistes et des empiristes. Pour le matérialisme, toute connaissance passe nécessairement par l’observation des phénomènes et pour l’empirisme toute connaissance passe par l’expérience. Selon l’empiriste, Hume, la métaphysique pousse l’esprit à sortir du cadre du monde physique et elle n’est qu’illusions et sophismes. Kant sera influencé par Hume sur les limites de la raison, et il l’avoue en ces termes : « Hume m’a réveillé de mon sommeil dogmatique » (Prolégomènes à toute métaphysique future…). Selon Kant, il n’est pas possible de connaître le monde des noumènes comme Dieu, l’âme, le paradis, l’enfer etc. par opposition au monde des phénomènes, c’est-à-dire le monde dans lequel nous vivons. C’est ce qui l’a amené à fixer les limites de la raison. Cette dernière ne peut pas connaître Dieu, l’âme ou l’au-delà, c’est plutôt la foi qui les ressent. Et c’est ce qui pousse Blaise Pascal à dire : « C’est le cœur qui sent Dieu et non la raison » ou encore « Dieu ne se prouve pas, il s’éprouve ». Voilà pourquoi la métaphysique, dans son projet de connaître le fond des choses par la raison, a échoué. Pour Kant, elle ne peut pas être une science. Et c’est ce qui l’amène  à dire que « la métaphysique est un champ de bataille où il n’y a ni vainqueur ni vaincu » (Critique de la raison pure). Même s’il ne la considère pas comme une science, Kant soutient que la métaphysique est un besoin vital pour l’homme.

Karl Marx, pour sa part, estime que la métaphysique est un instrument de domination des bourgeois sur les prolétaires. Les marxistes considèrent que la métaphysique est une fiction idéologique de la bourgeoisie. Ils estiment qu’elle doit être rejetée, car elle divertit les prolétaires au lieu de les conscientiser sur leur sort désolant ou de les aider à combattre les inégalités sociales. Auguste Comte s’est également dressé contre la prétendue supériorité de la métaphysique et rejette son statut de connaissance fondatrice ou supérieure. Pour Comte, la métaphysique est dépassée et il l’explique à travers la loi des trois états de l’esprit humain : la pensée théologique qui correspond avec l’enfance de la raison, la pensée métaphysique qui correspond avec l’adolescence de la raison et la pensée scientifique ou positive qui correspond avec la maturité de la raison.

Parmi les critiques les plus sévères contre la métaphysique, on peut retenir celles de Nietzsche. Pour lui, s’attacher à la métaphysique, c’est se conduire comme un « vaincu ». Il estime que ce sont les « vaincus » et les « ratés » de la vie concrète qui ont créé « cet arrière monde métaphysique pour calomnier le monde concret ». Nietzsche trouve que la métaphysique est au secours des impuissants qui n’ont rien à espérer de cette vie et qui, imaginairement, se créent un au-delà et Dieu pour pouvoir supporter leurs peines. Il dit à ce propos « Soyez fidèles à la terre, l’au-delà n’existe pas ». Et dans une autre formule de mise en garde, il dit : « Méfiez-vous de tous ces prêtres qui vous font croire en un au-delà alors que nous n’avons pas épuisé le sens de la terre. Le sens de la vie mes frères, c’est le sens de la terre ».

Malgré toutes ces critiques, peut-on dire que l’homme peut se passer de la métaphysique ? Non, diront certains philosophes qui pensent que l’homme a une disposition naturelle qui le porte à s’interroger sur son origine et son existence. C’est en ce sens qu’il faut comprendre les propos de Schopenhauer selon lesquels « l’homme est un animal métaphysique ». En somme, même si la métaphysique n’est pas une connaissance exacte, elle demeure quand même une préoccupation inévitable, d’où la réhabilitation de la métaphysique.

4-Nécessité et actualité de la métaphysique

En dépit des critiques qu’elle a subies, la métaphysique semble de plus en plus d’actualité face au désir et à la curiosité de l’homme de connaître ce qu’il y a au-delà de la terre. Pourtant, sur le plan technique ou matériel, la science satisfait l’homme en lui procurant beaucoup de choses. Mais sur le plan spirituel, la science est incapable de combler le besoin de l’homme et d’apaiser son angoisse sur des questions existentielles comme : d’où venons-nous, où allons-nous, qu’est-ce que l’homme ? Même si la science a investi plusieurs domaines de la vie de l’homme en essayant de le rendre heureux, elle n’a pas pu liquider la métaphysique qui demeure un besoin vital. C’est ce que montre Kant qui, bien qu’ayant récusé la métaphysique comme science, soutient qu’il est difficile sinon vain de vouloir y renoncer. Il dit : « La métaphysique est pour l’homme un besoin vital et il serait illusoire de voir l’homme y renoncer un jour tout comme l’homme ne renoncerait pas à respirer sous prétexte que l’air serait pollué ». C’est la même idée que l’on retrouve chez Schopenhauer selon qui l’homme est un animal métaphysique, c’est-à-dire un être qui ne peut pas se passer de questions qui le dépassent parce qu’il est curieux par nature. En vertu de cette curiosité, l’homme se pose des questions du genre : d’où vient l’homme, où va-t-il, quel est le sens de la vie, le sens de la mort, existe-t-il une autre vie après la mort ? etc. Pour montrer que la métaphysique n’est pas encore liquidée, Georges Gusdorf déclare : « Loin d’affirmer la décadence de la métaphysique, il faudrait bien plutôt souligner qu’elle est, en un certain sens, universalisée, qu’elle a acquis une sorte de suprématie ». Ceci pour dire que la métaphysique est inébranlable, elle est plus présente aujourd’hui qu’hier.

II-L'ANTHROPOLOGIE

 La question anthropologique est à la fois scientifique et philosophique. L’anthropologie se présente comme une étude ou une science de l’homme ou encore une interrogation sur l’homme, cet être particulier qu’on tente de saisir et de connaître de sorte que la question qui se pose est de savoir si on peut connaître l’homme. Kant fait de la question anthropologique une préoccupation majeure. Il dit que les trois questions de la philosophie sont : Que puis-je savoir ? Que dois-je faire ? Que m’est-il permis d’espérer ? Ces trois questions se ramènent à la question : « Qu’est-ce que l’homme ? », d’où une philosophie anthropologique chez Kant. L’anthropologie a pour projet une étude rationnelle de l’homme. Mais est-il possible d’avoir une connaissance rationnelle de l’homme ? Dans tous les cas, l’homme est une réalité dont on peut envisager l’étude sous plusieurs angles. Mais deux approches s’imposent : l’approche métaphysique et l’approche scientifique.

1-Approche métaphysique

 Dans le vocabulaire technique et critique de la philosophie, André Lalande écrit « L’anthropologie est la science de l’homme en général ». Cette définition est celle que les philosophes métaphysiciens donnent de l’anthropologie. Ils cherchent le général et non le particulier. Ils cherchent ce qui permet d’unifier les différences, ce qui nous fait penser à Aristote pour qui il n’y a pas de science du particulier, il n’y a de science que du général. Dire que « l’anthropologie est la science de l’homme en général », c’est supposer qu’il existe chez tous les hommes un élément qui permet d’en faire un seul Homme malgré leurs différences : cet élément serait la raison. Selon Aristote, l’homme est un animal raisonnable. On retrouve la même définition chez Descartes qui considère que l’homme est une « res congitans » (une substance pensante) ou encore « une substance dont toute la nature n’est que de penser ». En étudiant l’homme, la métaphysique met de côté tout ce qui est concret. Elle ne tient pas compte de ses aspects physiques ni même de ses rapports avec le milieu social. Elle étudie l’homme abstrait et non l’homme concret.

Une objection a été apportée à cette conception de l’homme par le médecin français, Jean Itard qui, en 1803, a prouvé que, laissé à lui-même dès sa naissance, le petit de l’homme ne verrait jamais les pouvoirs de sa raison se manifester. Jean Itard est parti de l’expérience des enfants sauvages qui n’avaient développé aucune aptitude qui distingue l’homme de l’animal, c’est-à-dire la raison. Ces faits suffisent pour dire que l’homme n’a pas une nature figée, mais il se construit au cours de son histoire.

En résumé, la conception métaphysique de l’homme est très limitée, car elle ne tient pas compte du corps de l’homme, ni de ses rapports avec son milieu et ses semblables. C’est plutôt la conception scientifique qui s’intéresse à ses éléments.

2-Approche scientifique

 L’anthropologie scientifique se présente sous diverses formes. Il y a l’anthropologie économique qui étudie la production et la répartition des biens de subsistance, l’anthropologie politique qui s’occupe des formes de pouvoir et l’anthropologie religieuse qui s’occupe des croyances et des rites. Il y a aussi l’anthropologie physique qui étudie les caractères physiques de l’homme tels que la taille, la couleur de la peau, le groupe sanguin, la forme du crâne, du nez, des cheveux etc., l’anthropologie sociale qui analyse les institutions et les croyances sociales etc.

Autant la conception métaphysique de l’homme est limitée, autant la conception scientifique est réductrice, car elle écarte tout aspect abstrait de son domaine d’investigation. Elle ne vise à appréhender que ce qui est concret chez l’homme. Or, ce qu’il y a de plus essentiel en l’homme, n’est-il pas plutôt d’ordre spirituel ? L’anthropologie scientifique ne risque-t-elle pas de saisir uniquement ce qui est superficiel chez l’homme ? L’anthropologie scientifique devrait plutôt collaborer avec l’anthropologie métaphysique pour faire ressortir tous les aspects humains : apparents (concrets) et cachés (abstraits).

2-L’anthropologie est-elle une science fiable ?

A la question : Est-il possible d’avoir une connaissance objective ou exacte de l’homme ?, il est possible de dire non car il y a des obstacles qui empêchent de connaître l’homme. En effet, l’impossibilité de la prévision des comportements de l’homme empêche de fonder une science rigoureuse de l’homme. Le manque de séparation de l’objet étudié (l’homme) et du sujet qui l’étudie (l’homme) est aussi un obstacle pour parler de science. La preuve, mis dans les mêmes circonstances, deux ou plusieurs hommes peuvent se comporter de la même manière ou de manières différentes, alors que dans la même situation, deux morceaux de fer ou deux objets de la même nature ont la même réaction.

Rigoureusement parlant, l’homme n’est pas soumis au déterminisme. Dès lors, il serait illusoire, voire impossible de prétendre le connaître entièrement, car il est complexe et imprévisible. Par conséquent, on ne peut pas avoir une connaissance exacte de l’homme, on ne peut avoir qu’une connaissance approximative de lui.

III-L'AXIOLOGIE

L’axiologie peut être définie comme la science ou l’étude des valeurs humaines. Celles-ci sont diverses et se retrouvent dans le domaine de la morale, de la politique, de la religion, de l’art etc. Les valeurs sont relatives d’une société à une autre et d’un groupe social à un autre. Chaque société est structurée autour de valeurs, de normes et de règles. C’est ainsi que les valeurs peuvent être variables, différentes d’une société à une autre. Mais dans le même temps, il faut reconnaître que beaucoup de sociétés partagent les mêmes valeurs, même quand elles sont éloignées les unes des autres. Les valeurs fixent des objectifs, des idéaux et orientent l’action des individus ; c’est un but parfois difficilement accessible. La valeur est comme un idéal, une croyance que l’individu ou le groupe aspire à réaliser. C’est un ensemble de principes que la société ou l’homme se donne et qui servent de boussole à la conduite. En ce sens, la valeur oriente les actions de l’individu et a pour objectif de rendre l’homme bon et meilleur. Parfois, les valeurs ont un caractère quasi-sacré au point qu’on est prêt à sacrifier sa vie pour les sauvegarder ou les réaliser.

Les religions par exemple se construisent autour de valeurs qui tendent toutes à rendre l’homme bon et meilleur. La philosophie aussi est porteuse de projet de société. Les philosophes indiquent un chemin, ils disent ce qui doit être à partir des fondements qu’ils posent et des principes qu’ils avancent. Ils interpellent toute conscience humaine en proposant des valeurs humaines. C’est ainsi que depuis Aristote, avec son ouvrage Ethique à Nicomaque, plusieurs philosophes se sont intéressés aux valeurs. On peut citer Kant avec la Métaphysique des mœurs, Rousseau avec Emile ou de l’éducation, Nietzsche avec la Généalogie de la morale, Par-delà le bien et le mal etc. La valeur serait, pour ainsi dire, ce qu’on tente de préserver ou de perpétuer. Les valeurs sont toujours incarnées par des héros qu’on cite en exemple ou en modèle.

Les valeurs religieuses comme la paix, la tolérance, le respect de la vie humaine, la justice etc. coïncident généralement avec celles de la tradition. Les religions véhiculent des valeurs et influencent non seulement des cultures mais aussi des penseurs, des juristes, des législateurs de sorte que dans beaucoup de sociétés aujourd’hui les valeurs dominantes sont celles de la religion. Il faut signaler, par ailleurs, qu’il y a un conflit permanent dans beaucoup de sociétés entre des valeurs dites dominantes et des valeurs considérées comme marginales et perçues comme des anti-valeurs. En raison de ces conflits, une valeur morale universelle semble improbable dans un monde où les différences sont vécues sur le plan géographique, linguistique, ethnique, religieux etc. Certes, la philosophie et la religion n’ont pas le même fondement, mais elles aboutissent parfois aux mêmes conclusions. Le saint est modéré dans sa conduite et se tient loin des excès. Le philosophe aussi légifère et montre la voie à suivre. Il indique ce qui doit être et comment cela doit être. Le rôle que le saint joue dans la religion est le même que le sage joue dans la philosophie.

De même que les philosophes posent des valeurs, ils en renversent d’autres. A ce propos, Nietzsche se définissait comme un iconoclaste (celui qui brise les idoles). « Je suis un iconoclaste, je brise les idoles et je taille en pièces les traditions des hommes », disait-il. Pour lui, la sagesse n’est pas dans la modération, mais dans l’excès, l’affirmation de soi, la volonté de puissance. Nietzsche va jeter un regard généalogique sur les valeurs morales et parlera de la « morale du ressentiment », c’est-à-dire une morale qui tire sa source de la rancœur et de la rancune. Il veut dire que ceux qui ont inventé la morale de la pitié, de la générosité, de l’amour, de l’entraide etc. sont des faibles et des ratés de la vie qui, n’ayant rien à espérer de cette vie, ont inventé un au-delà fictif avec un Dieu suprême supposé les récompenser après leur mort. Cette morale, dit Nietzsche, est celle des faibles, c’est-à-dire des pauvres et des religieux. Et il faut plonger dans les souterrains pour comprendre les motivations de ces derniers. Nietzsche poussera plus loin ses critiques contre la métaphysique et la morale en disant que « Dieu est mort ». Après avoir décrété la mort de Dieu, il se propose de créer de nouvelles valeurs. La création des ces valeurs passe par les trois métamorphoses de l’esprit : le chameau qui ne fait qu’accepter, le lion qui brise les valeurs et l’enfant qui en crée. Mais au-delà de Nietzsche et de sa philosophie, c’est la philosophie elle-même qui est subversive et contestataire.

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