LES RÉSISTANCES : FORMES, EXEMPLES, BILAN

INTRODUCTION

A la suite du partage systématique de l’Afrique, les puissances coloniales européennes vont s’engager activement dans la conquête en utilisant de gros moyens. Cette conquête va cependant se heurter à des réactions de la part des populations africaines qui ont opposé plusieurs formes de résistances à la pénétration coloniale.

    I-LES FORMES DE RÉSISTANCES

L’époque des résistances débuta dans la seconde moitié du XIXème  siècle après les premières percées impérialistes en Afrique. Elle se prolongea jusqu’au XXème siècle. La résistance est un mouvement d’autodéfense pour garder sa liberté et sa dignité. Elle se présente sous trois formes distinctes : armée, populaire et culturelle.

I-1 La résistance armée

Elle a toujours été un moyen utilisé par les populations africaines pour faire face à la domination étrangère. Dans chaque royaume africain, il existait une classe guerrière au service des grandes familles régnantes. C’est le cas des Ceddo dans les royaumes wolof notamment le Kayoor, les Guelewaar dans les royaumes sérères au Sénégal, mais aussi le royaume d’Abomey avec Béhanzin, le royaume Ashanti avec Prempeh.

Les guerriers utilisaient des moyens de lutte comme la guérilla, la tactique de la terre brûlée, les guets-apens, les armes blanches, les armes à feu.

I-2 La résistance populaire

Après la soumission des royaumes et la mise en place du système colonial, les masses populaires utilisent d’autres formes de résistances. Elles se manifestent à travers le refus de payer l’impôt, de servir dans le corps des tirailleurs sénégalais, d’exécuter les travaux forcés ou obligatoires. On assiste aussi à un départ massif de populations qui s’opposent bien souvent à l’autorité des chefs collaborateurs de l’armée coloniale.

I-3 LA RÉSISTANCE CULTURELLE

C’est le refus de l’œuvre d’assimilation culturelle liée à la propagation des valeurs culturelles européennes. Cette forme de résistance a été développée par les grandes confréries notamment la Tidjaniya, et le Mouridisme, ainsi que les Layènes.

C’est le cas aussi des populations animistes de la Casamance comme les Balantes ou les Diolas, ainsi que les royaumes théocratiques musulmans (El Hadj Omar au Fouta, Maba Diakhou au Rip, Cheikhou Amadou au Soudan).

On peut aussi noter le refus des rois d’amener leurs fils à l’école des otages (école des fils de chefs).

  II-EXEMPLES

II-1 Les résistances armées

II-1-1 Lat Dior Ngoné Latyr Diop (1842-1886)

Né vers 1842 à Keur Amadou Yella, il devient Damel du Kayoor en 1862. Après sa grande victoire en 1863 à Ngol Ngol contre Madiodio allié des Français, il est battu l’année suivante à Loro par les troupes de Pinet-Laprade.

Lat Dior est contraint de s’exiler dans le Rip chez Maba Diakhou Bâ. Les deux hommes mènent des opérations contre le Sine pour éviter qu’il ne signe des traités avec les Français, mais aussi pour islamiser le pays sérère.

Le 28 Décembre 1865, les troupes françaises sont battues à Pathé Badiane (Paoskoto). En Juillet 1867, Maba Diakhou tombe à la bataille de Somb face à l’armée du Bour Sine Coumba Ndoffène Diouf. Lat Dior revient alors au Kayoor reprendre la lutte contre les Français qu’il bat à Mékhé en 1869, avant que Pinet-Laprade ne le reconnaisse comme Damel du Kayoor en 1871.

Mais en 1879 la question du chemin de fer relance les hostilités contre les Français, et Lat Dior est obligé de s’exiler au Baol. En Août 1883, il est remplacé par Samba Yaya Fall puis par son neveu Samba Laobé Fall.

Depuis le Baol Lat Dior lance une guérilla anti-française jusqu’à sa chute héroïque à Dékheulé le 26 Octobre 1886.

II-1-2 Samory Touré (1830-1900)

Samory est né en 1830 d’un père dioula (colporteur) en Guinée en pleine anarchie où il s’impose chef de guerre (Keletigui) en 1875. Il conquiert alors un vaste territoire s’étendant entre la côte du Libéria et le Fouta Djalon, et prend le titre de Almami en 1880.

L’extension de l’empire vers le nord se heurte à l’avancée française vers le Haut Niger Sénégal où le conflit inévitable se produit à Kenieran en 1882.

En 1887 Samory signe avec les français le traité de Bissandougou qui faisait du Niger une ligne de démarcation tacite. Dés lors Samory commet l’erreur de se lancer dans un long et épuisant siège contre Sikasso qui permet à Gallieni de faire éclater la révolte dans l’empire et de prendre la capitale Bissandougou.

A partir de 1891, pourchassé par le colonel Archinard, Samory se replie vers l’est en pratiquant la guérilla et la tactique de la terre brûlée jusqu’à sa capture à Guelemou (Côte d’Ivoire) par le capitaine Gouraud. Il est déporté au Gabon où il meurt en 1900.

II-1 La résistance populaire : Aline Sitoé Diatta

Aline Sitoé Diatta est née vers 1920 à Kabrousse au sud-ouest d’Oussouye.

Sa résistance s’inscrit dans le contexte de la défaite française face à l’Allemagne en 1940. La réquisition des hommes et des vivres la frustre, et elle décide de rentrer de Dakar à la Casamance où elle entame une résistance autour d’elle.

Sa résistance est fondée sur le retour aux croyances ancestrales et sur la recommandation à ses concitoyens de boycotter la culture de l’arachide au profit des cultures vivrières comme le riz, et de consommer le miel à la place du sucre.

Arrêtée le 30 Janvier 1943, elle est déportée au Mali et meurt le 28 Mai 1944.

II-3 La résistance culturelle : Cheikh Ahmadou Bamba

Né vers 1852, il n’apparaît sur la scène politico-religieuse qu’en 1886 quand il quitte le Kayoor pour le Baol où il fonde la ville de Touba. C’est là où il commence à prêcher pour l’amour du travail et le refus de la domination. Son influence sur les populations rurales inquiète les Français. Ainsi le 10 Août 1889 il est arrêté à Djewol. Le 5 Septembre 1889 il est condamné à l’exil et déporté au Gabon pendant sept ans. Mais dès son retour les talibés commencent à s’agiter. Cheikh Ahmadou Bamba se rend aux français qui l’envoient en résidence surveillée en Mauritanie puis à Thieyene. Le 11 Novembre 1902 il est ramené à Diourbel où il meurt le 19 Juillet 1927 avant d’être inhumé à Touba.

III-BILAN DES RÉSISTANCES

De façon générale les résistances ont joué un rôle important en s’opposant à la pénétration coloniale en Afrique.

Cependant la plupart d’entre elles ont échoué surtout à cause de la supériorité militaire des Européens, au soutien des tirailleurs, mais aussi à cause des querelles intestines entre les chefs politiques africains.

Toutefois certaines figures de la résistance armée restent dans la mémoire collective et servent de références pour les générations actuelles et futures. Par contre le bilan des résistances culturelles est plus positif.

Sur le plan religieux les théocraties musulmanes et les confréries ont contribué à consolider l’islam dans certaines régions d’Afrique. Les religions ancestrales africaines comme l’animisme ont été conservées. C’est l’exemple de la Casamance.

Sur le plan traditionnel, les résistances culturelles ont permis de conserver les coutumes et traditions africaines.

CONCLUSION

En définitive, au début du XXé siècle, malgré la vaillance des résistances, l’Afrique est presque entièrement colonisée.

Cependant les résistances ont semé les germes d’un sentiment de refus qui va ressurgir au milieu du XXé siècle dans l’éclosion du nationalisme porteur de la lutte pour l’indépendance.

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