PRÉHISTOIRE ET PROTOHISTOIRE AU SENEGAL

INTRODUCTION

Dès le début du XXe siècle (1905-1910), des recherches préhistoriques ont été établies au Sénégal. L’inventaire est loin d’être complet mais la diversité des vestiges préhistoriques est établie. En effet, un ensemble d’outillage découvert de façon fortuite (par hasard) ou à l’occasion des campagnes de fouilles organisées par le département de préhistoire de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar ou de l’IFAN ont aidé à une meilleure connaissance de la préhistoire au Sénégal.

I-LE PALÉOLITHIQUE AU SENEGAL

 1-Les périodes du paléolithique représentées au Sénégal

L’ensemble du pays n’est pas encore parcouru à ce jour par les préhistoriens. C’est là en fait un travail pénible et coûteux. La préhistoire au Sénégal souffre de l’absence de données stratigraphiques et chronologiques. Dans l’état actuel des recherches, il est difficile de dresser une carte du paléolithique. Les recherches n’ont pas fourni des données suffisantes pour dresser un bilan définitif. On peut cependant préciser que :

le paléolithique archaïque n’est pas attesté à ce jour (galets aménagés et australopithèques n’existent pas) ;

les traces du paléolithique inférieur sont visibles au Sénégal oriental et dans la presqu’île du Cap Vert ;

le paléolithique moyen est attesté par les découvertes dans la zone du parc de Niokolo Koba dans le Sénégal oriental. On rattache au paléolithique moyen le faciès[1] de Bargny dans l’extrême ouest du pays, ainsi que les pièces diverses trouvées dans la vallée du Sénégal ;

-le paléolithique supérieur est représenté dans la région de Mbour près du marigot de Tiémassas ainsi que dans la presqu’île du Cap-Vert.

2-Les industries du paléolithique révélées au Sénégal

Les bifaces sont trouvés dans le secteur de Fann. Les hachereaux sont découverts à Djita à 10 km environ de Kidira, dans la zone Est (Sénégal oriental). Ces deux industries datent du paléolithique inférieur. Des pierres taillées ont été découvertes à Bafoulabé dans le parc de Niokolo Koba, dans la presqu’île du Cap-Vert (Cap des Biches, Bargny, Sébikotane). Elles ont été aussi découvertes dans la basse et la moyenne vallée du fleuve Sénégal, notamment à Mbane et à Kaédi. De nombreux grattoirs taillés sur éclats, quelques racloirs attestent de la civilisation de la lame. Une autre industrie d’âge mal défini est rattachée au paléolithique supérieur : c’est le Tiémassassien, du nom du principal site. On y trouve des bifaces, des têtes de lances, des flèches, etc.

II-LE NÉOLITHIQUE AU SÉNÉGAL

Le néolithique est la périoide de la préhistoire la mieux représentée dans l’aire sénégambienne. La diversité de l’outillage recueilli montre qu’il y a plusieurs civilisations néolithiques dont les origines, la durée et les liens restent difficiles à préciser.

1-La localisation des sites néolithiques au Sénégal

L’examen de la carte de la répartition des sites néolithiques, publiée en 1970 par R. Guitat, met en évidence l’existence d’une occupation ancienne localement très dense au néolithique.

D’une part, l’Ouest sénégambien sur une bande longeant l’océan Atlantique depuis la presqu’île du Cap-Vert jusque dans la région de Saint-Louis.

D’autre part, l’Est sénégambien dans les départements de Bakel et de Kédougou.

L’examen de la carte révèle aussi que l’essentiel des populations néolithiques s’installent dans les régions à proximité des plans d’eau : c’est le cas dans le littoral et dans la région des Niayes.

Des gisements d’une importance certaine se concentrent aussi dans le Sud-Est, le Ferlo, la vallée du Fleuve. La zone pauvre en vestiges néolithique demeure la Casamance où le milieu est souvent hostile à l’implantation humaine.

2-Les faciès néolithiques

Quatre faciès néolithiques se distinguent en Sénégambie

Le Manuélien : il se caractérise par un outillage microlithique, des ossements de poissons et l’existence d’une faible céramique. L’outillage poli est abondant. Les sites caractéristiques sont les îles aux Serpents, Ngor, etc.

Le Faléméen : c’est un faciès qui atteste d’une grande variété de la matière première utilisée pour confectionner un outillage poli essentiellement, en silex, en quartz en hématique et en dolérite.

La céramique est abondante. Elle est décorée par impression et incision. Les sites qui caractérisent ce faciès sont Nioro du Sahel, Médina Foulbé, etc.

Le Bélarien : il se caractérise par l’importance d’un  outillage microlithique confectionné à partir du silex, dominé par les pointes de flèches, les lamelles. La céramique est très importante. La poterie décorée par impression et incision existe également.

Les objets de parures de même que l’art sont attestés. Les gisements les plus représentatifs du faciès de Bel-Air sont : Bel-Air, la Patte d’Oie, Kounoune, etc. Aussi un individu de type négroïde a été découvert, attestant que le bélarien est l’œuvre de populations noires.

Le néolithique du littoral atlantique :

L’exploitation des richesses du littoral a entraîné, au fur et à mesure de la consommation, l’édification d’importantes buttes d’origine anthropique. Les sites caractéristiques existent sur le littoral et les îlots à proximité de la mer : Khant (près de Saint-Louis), Gueumbeul, département de Mbour, etc.

Dans ce faciès, on retrouve des tessons de poteries, des haches, des engins de pêche, etc.

A Khant, un individu de type négroïde a été découvert.

L’ensemble des découvertes effectuées à ce jour sur le néolithique sénégalais permettent de conclure à l’existence de populations noires exerçant des activités diverses : agriculture, chasse, pêche, etc.

III. LA PROTOHISTOIRE AU SENEGAL

La protohistoire désigne la période comprise entre la fin des temps préhistoriques et le début de l’histoire. Elle coïncide avec la maîtrise de l’extraction et du travail des métaux : bronze, cuivre, fer et même or. Cette période est très bien représentée dans l’espace sénégambien.

La zone des amas coquilliers : elle s’étend sur le littoral atlantique, du fleuve Sénégal à la Casamance. Elle comprend des buttes où dominent les coquillages, des huîtres, etc.

La zone des sites de fer ancien ou « Togere » : elle se localise dans la moyenne vallée du fleuve Sénégal et atteste de l’existence d’une métallurgie très ancienne avec la découverte des bas fourneaux.

La zone des Tumuli : elle s’étend au Centre-Ouest, depuis la région de Louga jusqu’au Saloum. Plus de 6 000 tumuli ont été recensés. Ce sont des monticules de sables appelés mbanar par les Wolofs et poydon par les Sérères.

La zone des mégalithes : elle représente environ 20 000 km2. elle est comprise entre le Rip et la région de Tambacounda d’ouest en est, et la Gambie du nord au sud. Les mégalithes sont définis comme des blocs de pierres sculptées en forme simple dont la disposition la plus simple est le cercle toujours presque planté à l’est d’une ligne frontale d’orientation nord-sud.

Les mégalithes sont des édifices funéraires au centre desquels ont été effectuées des inhumations. On en trouve à Sine Ngayène. La pierre en lyre érigée devant le musée dynamique de Dakar provient de cette zone.

CONCLUSION

Les vestiges préhistoriques et protohistoriques au Sénégal sont d’une grande variété. La préhistoire et la protohistoire couvrent des centaines et des milliers d’années mais restent à éclaircir. Pour cela, le recensement, la protection et la conservation des sites intéressent chaque citoyen et expliquent l’existence d’un ministère de la Culture et du Patrimoine historique classé. A ce jour, les données relatives au paléolithique sont observées dans la presqu’île du Cap-Vert, la région de Mbour, au Sénégal oriental et dans la vallée du fleuve Sénégal.

Faciès : (en géologie et en botanique) aspect général.

Hématite : (en minéralogie) oxyde naturel de fer de couleur rouge ou brune, très abondant dans la nature, se présentant sous forme de cristaux ou d’amas terreux, utilisé en joaillerie et pour fabriquer des colorants.

Butte : monticule, tas.

Tumuli : (pluriel de tumulus) En archéologie, monticule de terre ou de pierres élévé au-dessus d’une sépulture, dans les civilisations de la protohistoire.

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